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Fumet de lectures

10 mai 2026

Les Belles Promesses de Pierre Lemaitre

Suite et fin d'une saga.

 

Si vous n'avez pas lu les trois tomes précédents, passez votre chemin. 

 

Pour ma part, quel plaisir de retrouver la famille Pelletier !
Pierre Lemaitre manœuvre son histoire avec finesse et sa construction fait passer le lecteur d'une ambiance de chantiers à un drame intime avec des personnages haut en couleur, dont Geneviève, la méchante et son mari, Bouboule, un mari et père complexe.

 

Dans Les belles promesses, le tueur récidiviste, qui courait impuni (mais que le lecteur connaissait) dans les 3 tomes précédents, finit par être démasqué. Je dis bien "finit" car il a sévi de nombreuses années, de 1948 à 1963. Le test ADN, apparu en 1984, aurait permis de vite l'arrêter.

Rencontre avec Pierre Lemaitre le 12 mars 2026. Ses phrases, à l'oral comme à l'écrit, coulent comme de l'eau dans une rivière.

 

mjo
 

8 mai 2026

Le dernier thé de maître Sohô de Cyril Gely

Douceur et amertume

J'ai adoré ce récit poétique au cœur du Japon du XIXe siècle, où la rencontre entre une jeune aspirante samouraï et un maître du thé oppose tradition et sagesse, violence et sérénité.

________________


1853 au Japon, une jeune fille, Ibuki, refuse de prendre la succession de son père à la tête de l'usine de saké. Elle se rend à pied, déguisé en homme, chez un ancien samouraï. Elle veut apprendre avec lui la voie du sabre mais maître Soho lui apprendra la voie du thé sans quoi un samouraï n'est rien parce que  "le sabre prend la vie, le thé lui la donne". 

 

Le ton est donné, ce roman est imbibé de poésie, d'instants de grâce entre équilibre et déséquilibre. Grande consommatrice de thé vert, les passages sur la préparation du gyokuro, classé meilleur thé du monde, m'ont envoûtée. L'histoire est magnifique, touchante puisque la fin est prévisible avec ce titre "le dernier thé de maître Sohô".

 


Rappel : Juillet 1853, le Japon s'ouvre au monde extérieur et donc au monde moderne. Jusqu'alors ce sont les samouraïs qui défendaient l'empereur et les seigneurs, avec leur sabre. Ces guerriers ont été remercié par l'empereur car leur formation demandait des années d'entrainement, ce qui n'est pas le cas pour les armes à feu que le Japon découvre.


 Je termine avec une phrase que j'affectionne : " le thé est à l'image de la vie. Nous cherchons tous l'harmonie, mais rares sont ceux qui le trouvent".

 

Lauréat du prix CEZAM 2025

 

mjo
 

25 avril 2026

La colline de Mathilde Beaussault

Une filiation avec des grossesses imposées.

 

Quatre générations de femmes où "On ne connaît pas les hommes dans la famille, ils passent, font des enfants et les laissent pousser tout seul comme le liseron".


 
Or, un jour d’hiver, dans une cité de Rennes, un nouveau-né est découvert au fond d’un container à ordures. Quelques étages plus haut, une jeune fille se vide de son sang.

 

Un roman social noir qui m'a remué les tripes puisque Monroe, 17 ans, vit un drame aussitôt qu'elle accouche dans sa chambre d'une tour HLM où elle réside avec sa mère. J'ai pleuré à la fin du roman mais en contrepoint j'ai aussi beaucoup ri (et nous en avons besoin en ce moment !) car l'autrice, à la plume malicieusement drôle, nous donne à entendre une diversité de langages au travers de dialogues savoureux, subtilement ironiques, prononcés par des personnes de milieux sociaux ou professionnels variés tels que le personnel soignant, les pompiers, les policiers, les journalistes et la grand-mère guérisseuse.

 

A ce jour c'est un de mes romans noirs préférés, lus en 2026. 

 

brillantissime 

mjo

                                    Mathilde Beaussault,                             Anne Dubreuil, ma libraire préférée.

J'ai eu la chance de rencontrer l'écrivaine hier soir à  LA COHUE (librairie, café, restaurant), à Angers.

16 avril 2026

L'accident de Jean-Paul Kauffmann

Souvenirs d'enfance.

 

Je suis une inconditionnelle de Jean-Paul Kauffmann depuis que j'ai lu (ici). J'aime son écriture raffinée, ses analyses de l'intériorité et la profondeur de ses pensées.

 

"2 janvier 1949, dix-huit footballeurs du bourg de Corps-Nuds, en Bretagne, revenant d’un match, trouvent la mort dans un accident. Cette tragédie a marqué la France entière et pesé sur la jeunesse de Jean-Paul Kauffmann, enfant du même village.
Ce fait-divers est le point de départ d’une enquête sur les distorsions de la mémoire."

 

Ce récit me conforte dans mon admiration pour cet écrivain et lire "L'accident" m'a fait revenir sur mon lointain passé pour y goûter des saveurs d'antan, identiques aux souvenirs de J-P K.

 

Je ne cite que trois illustrations, que tous les deux avons connues :


- les maîtres "à la gifle facile, pas contestée par les parents".


- "On ne gagnait rien, on ne dépensait rien et tout le monde vivait".


et enfin une fourniture de classe, le plumier, du temps où les trousses en plastic n'existaient pas encore :
- "le plumier, le bien le plus personnel possédé par l'écolier, véritable boîte à trésors que nous nous plaisions à comparer, enviant chez l'un certaines innovations techniques, tel qu'un second niveau supérieur de rangement, ou une décoration inédite sur le couvercle, premiers déplaisirs et première déception d'un sentiment qui nous était inconnu, l'inégalité."

 

autobiographique

 

mjo
 

11 avril 2026

Le jardinier et la mort de Guéorgui Gospodinov

Le jardinier devenu un jardin.

 

Le jardinier était le père du narrateur qui vit un immense chagrin au moment de se retrouver orphelin.
Il nous relate le dernier mois de souffrance qu'à vécu son père et partage avec le lecteur la vie de celui-ci, né à la fin de la 2nde guerre mondiale, en Bulgarie.

 

Ce n'est pas un livre sur la mort* mais sur la vie qui disparaît et la tendresse entre un père et son fils. Toutes et tous trouveront un écho dans ce récit d'une relation unique mais universelle.

 

"Parfois j'oublie qu'il n'est plus là et c'est un instant heureux, j'ai envie de l'appeler et le souvenir revient" : qui n'a pas ressenti cette sensation à propos d'un défunt qui lui est cher ?

 

plein d'amour dans ce texte
et
un hommage vibrant à la vie

mjo


* un paragraphe m'a fait peur car j'en ai une hantise : se réveiller dans la tombe.

Un des étudiants de sa femme travaillait dans un centre d'appel d'un opérateur de téléphonie mobile. Une nuit une voix de femme appelle et dit en pleurant "Je reçois un appel de ce numéro, c'est celui de mon mari, on l'a enterré avant-hier. Et où se trouve son téléphone, demande le jeune homme. Ben, avec lui, on l'a mis dans le cercueil avec lui et il vient de m'appeler. Vous avez répondu ? Hum… au début, non, j'ai eu peur, mais ensuite je l'ai rappelé, et il n'a pas décroché.
Cela arrive parfois, a dit le jeune homme en tentant de redonner un peu de rationalité à la conversation, c'est tout simplement la batterie qui se décharge et il faut croire que des cellules se sont activées… Si vous voulez, voyez avec les services municipaux ou… la police."...… 

 

27 mars 2026

Ravage de Ian Manook

Roman noir sur fond blanc.

 

D'après une histoire vécue : "Red Arctic, hiver 1931. Une meute d'une trentaine d'hommes armés, équipés de traîneaux, d'une centaine de chiens et d'un avion de reconnaissance pourchasse un homme. Un seul. Tout seul. C'est la plus grande traque jamais organisée dans le Grand Nord canadien."  

 

On ressent le mal, la tension, l'angoisse, presque physiquement et de manière durable puisque le scénario est toujours le même : La traque d'un homme à - 50 degrés, "un froid qui plante des baïonnettes dans les reins", sous la neige, tempête, vent et plus encore, bivouac de fortune, "à l'abri d'une bâche tenue par des amas de neige en glace".
Tout au long de ma lecture, je me suis souvent dit "mais pourquoi tu continues à te faire mal ?"

 

La réponse : le style clair de Ian Manook, très travaillé, m'hypnotisait et les personnages me fascinaient par leur folie, leur obsession de vengeance, leur survie au prix d'une volonté d'acier.
Quand ils buvaient leur thé noir bouillant le matin, je savourais l'instant avec eux.

 

J'ai adoré ce roman

 

glacial

 

mjo
 

19 mars 2026

Nos héritages d'Anna Hope

Des funérailles sous haute tension

 

Le richissime Philip Brooke vient de mourir, laissant derrière lui un patrimoine grandiose : le plus beau manoir du Sussex. Mari volage et père absent, il n'est regretté ni de sa femme ni de ses 3 enfants.
La succession hors norme déclenche un drame familial car surgit un lourd secret qui suintait depuis 7 générations.

 

Cette fois, ce n'est pas pour sa belle écriture, ses métaphores, ses pensées que j'ai aimé ce roman mais pour son histoire qui m'a interpelée et indignée car j'y ai trouvé un écho personnel.

 

N'allez pas imaginer que moi aussi j'ai vécu un héritage avec manoir et fortune mais une monstruosité apparue dans l'histoire des Brooke concerne mes proches.

 

Ce roman, à la construction bien charpentée, je ne pouvais pas le lâcher alors qu'on avance lentement, au rythme des pensées et des souvenirs. J'y ai croisé aussi des personnages profonds.

 

marquant

 

mjo

15 mars 2026

Aqua de Gaspard Koenig

La gestion de l'eau,

ressource naturelle devenue rare.

 

Quel plaisir de lire à nouveau un roman de Gaspard Koenig ! J'avais adoré Humus (billet d'Isabelle), sorti en 2023.

 

Son style, particulier, mélange roman vivant, ironie et réflexions politiques. Le roman aurait pu dériver en essai académique mais la philosophie de l'auteur sur l'écologie passe par des dialogues savoureux et des situations aux allures de comédies sociales qui m'ont fait rire parfois aux éclats.
Quel humour poivré !

 

La fin bascule dans une apothéose qui remonte le moral* car le manque d'eau en France est

imminent.
Or le corps humain résiste
- 3 minutes sans respirer
- 3 jours sans boire
- 3 semaines sans manger

 

Edifiant 

 

* " …. et la solution : pas besoin de lancer des fusées dans les nuages pour faire pleuvoir. Il suffit de ne pas perdre ce que le ciel nous donne."


 

Gaspard Koenig à Angers, le 29 janvier 2026.

 

mjo

source : angersmaville 15/3/2026

12 mars 2026

La Collision de Paul Gasnier

En 2012, la mère de Paul Gasnier meurt renversée par un jeune en motocross dans une petite rue en pente de la Croix-Rousse, à Lyon.

Dix ans plus tard, pour se consoler et calmer sa colère, l’auteur se lance dans une enquête plus littéraire que policière.

Il veut comprendre qui est Saïd ce jeune délinquant récidiviste roulant à 80km/h sans permis.

Il veut aller au-delà de l’image que renvoie l’extrême-droite de cette jeunesse issue de l’immigration.

Un récit intime, pudique mais aussi éthique et politique. Les pages sur sa mère tant aimée sont bouleversantes.

Un livre de deuil qui touche. Prix Goncourt des détenus 2025  

A lire

Isabelle

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