ines

Elle avait 20 ans.

Un gendarme, Lavenay (72), le 21 mars 2009

M. Delaroche, vous avez une fille qui s’appelle Inès. Pouvez-vous nous dire si elle vit bien à Paris ?

- Oui, elle vit à Paris… mais qu’est-ce qui vous amène ? A-t-elle brûlé un feu rouge ?

- Non

- Mais alors de quoi s’agit-il ? …

- Appelez ce numéro… appelez, et demandez le brigadier C.

- Mais enfin, qu’est-ce que ça signifie ? Il lui est arrivé quelque chose ? Quoi donc ?

- Je ne sais pas. Enfin…

- Comment ça vous ne savez pas ? C’est grave ?

- C’est pas bon.

- Elle est hospitalisée ? Où ça ?

- C’est pas bon.

Cette nuit-là, Inès dormait chez Gabriel, son compagnon, 3 Rue de Calais, quand un feu s’est déclaré dans leur immeuble au petit matin. Gabriel s’est enfermé dans la salle de bain et a pu être sauvé. Inès a refusé de le suivre. Elle a couru dans l’escalier et a tenté d’appeler sa mère, par deux fois. « Il est vraisemblable qu’elle serait demeurée à l’intérieur de l’appartement, et qu’elle aurait eu la vie sauve si elle n’avait pas disposé de ce téléphone portable. Il représentait une assurance. Elle avait compté l'utiliser pour se signaler au monde extérieur. Au lieu de cela, elle se trouva plus isolée encore » et elle est morte.

En 2016, 7 ans après le drame - « Je souffre de son absence qui me diminue » - l'auteur, journaliste (il a été directeur littéraire au magazine Lire) et écrivain, puise dans l'art, la philosophie et la littérature afin d'évoquer son deuil et la personnalité de sa fille.

En exergue du chapitre XXII :

« Il n’y a que deux pointes assez perçantes pour entrer dans notre âme, ce sont le malheur et la beauté. » Simone Weil

Ce récit poignant et tragique, étoffé de digressions littéraires très riches d’enseignement, immobilise le lecteur et le dépasse. Dans les interlignes palpite le souvenir mélancolique d’une jeune fille qui laisse un père, une mère, un frère, une belle-mère et des amis en manque de sa présence lumineuse. L’aura de l’absente flotte dans ce livre au style à l’état vif, à l’écriture terriblement belle.

Une masse d’émotion à la hauteur du propos, sans pathos : j’ai découvert un écrivain de grande envergure.

mjo