vallejo

Gastronomie et sensualité.

« En dépit de la nourriture que ses parents lui imposent et qu’il rejette avec constance, Élie Élian s’attarde à l’arrière du restaurant qui s’est ouvert dans son quartier. Les gestes qu’il observe, les effluves dont il se délecte sont une révélation : il sera chef-cuisinier. Son passage dans l’établissement de la veuve Maudor sera déterminant. Elle l’initie à l’amour fou et lui offre d’exercer son incroyable génie culinaire. Puis ses errances dans un Paris en proie aux émeutes le mèneront jusqu’au Trapèze, le restaurant où son destin de magicien des sens, des goûts et des saveurs s’accomplira. »

Après la cheffe, roman d’une cuisinière et Cannibales , « Fumet de lectures » jubile derechef à lire un roman qui lui donne à manger, à boire, à penser, à aimer : tous les sens en compote, juste en tournant des pages !

C’est ce qu’offre ce polar culinaire où suspens et rebondissements mettent le héros, pur et naïf, dans le même sac que le lecteur. On se laisse porter par la folie douce que draine ce roman.

Devenu grand cuisinier sans avoir connu un seul repas familial ou ressenti « un morceau d’affection sur la table », Elie Elian n’a jamais confondu son moi profond et son moi social.

Les étapes qui le mènent au sommet de son art sont jalonnées de rencontres mystérieuses car « ça lui a toujours réussi d’attraper la vie qui passe…»

J’ai bu d’un trait les démonstrations, limpides, du rapport entre la gastronomie (l’art de la bonne chère) et l’extase (l’action d’être hors de soi), d’où peut-être le titre Un dangereux plaisir.

Quelques citations délectables :

« On se laisse tellement aller en fin de repas »

« il retrouve, dans le grain de leur voix, cette tonalité défaite d’après manger et d’après boire… leurs voix promettent. Les confidences à voix basse dépassent les secrets de cuisson qu’elles réclament ».

« C’est fragile, une dégustation, la nôtre est altérée par le regard buté de cette personne qui relance le serveur à chacun de ses passages »

Et une dernière qui n’étonnera personne : « Tu tiens pas mal de gens par l’estomac. »

mjo