product_9782715242609_195x320Ils venaient toujours vous chercher au milieu de la nuit… Alors il avait dit à Nita qu’il passerait ces heures inévitablement sans sommeil sur le palier, près de l’ascenseur. Il attendrait que la porte s’ouvre, qu’un homme en uniforme hoche la tête en le reconnaissant, que des mains se tendent et se referment sur ses poignets. Il s’empresserait de les accompagner, pour les éloigner de l’appartement, de sa femme et de son enfant.

On a beaucoup critiqué les artistes qui ont choisi de cautionner le régime soviétique, qui ont été des « collabos ». Mais on ne doit pas oublier que Staline les surveillait de près. Vous deviez obéir, sinon… Un trait de plume du tyran suffisait à vous condamner à mort, ainsi, parfois, que toute votre famille et à faire disparaître votre œuvre. Alors quel choix aviez-vous ?

Dans Le Fracas du temps, Julian Barnes explore la vie et l’âme d’un très grand créateur qui s’est débattu dans le chaos de son époque, tout en essayant de ne pas renoncer à son art. Que pouvait-il faire ? Et en corollaire, qu’est-ce que moi, j’aurais fait ? À ces questions cruciales, il y a peut-être des réponses dans ce roman qui raconte une histoire vraie.
(4eme de couverture)

En effet il y a des réponse dans ce roman. Et à la question la plus intéressante de savoir "qu’est-ce-que moi j’aurais fait ?" le lecteur admet qu’il n’en sait rien, car avec cette histoire vraie Julian Barnes s’appuie sur nombre de faits historiques et analyse avec justesse le dilemme auquel était confronté l’artiste dans un pays totalitaire. En réelle empathie avec le personnage et devant la complexité d’une telle situation, c’est vers l’absence de tout jugement que nous entraîne l’auteur.


Mais de quel artiste parle-t-on ? De la vie de Dmitri Chostakovitch, compositeur surdoué, détruit psychologiquement par la tyrannie au point de douter de son talent, tellement terrorisé qu’il déclarait que « la mort était préférable à cette terreur sans fin ».
Et si vous pensez ne pas le connaître, c’est que vous l’ignorez. En effet qui ne connaît pas sa célèbre valse numéro 2 reprise par la CNP dans une publicité tout aussi célèbre.


Brigitte.