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 "Il est sain pour un être humain de se tenir, seul, au creux de la nuit, il s'unit alors au silence et ressent comme une connivence pourtant susceptible de se changer instantanément en une douloureuse solitude".

Même lorsque Jon Kalman Stefansson nous parle de la tristesse des coeurs et de la mort, il sait faire jaillir la lumière des mots... "Entre ciel et terre" est un magnifique roman, plein de fulgurantes images qui nous parle des Hommes et de leurs rêves, de l'âpreté de certaines vies, de la Mer Glaciale "cette bête gigantesque qui jamais ne repose", des nuits polaires, de la nécessaire solidarité des hommes dans l'effort, de la confiance en Dieu. Il nous parle aussi de poésie qui pour Barour est le sel de la vie et le ferment de ses rêves : "nulle chose ne m'est plaisir en dehors de toi" répète-t-il, citant les vers de Milton. La première partie "le gamin, la mer et le paradis perdu" est une expédition en mer. Au coeur de la nuit, six hommes quittent le village posé au bout du fjord pour une pêche à la morue. En ces temps anciens les embarcations sont bien frêles, une simple planche de bois les sépare de la noyade et l'incertitude du retour est présente dans tous les esprits. La mer est profonde, le ciel comme un grand voile sombre au-dessus des têtes... il faut aller loin pour trouver le poisson. Aucune parole échangée entre ces hommes tendus par l'effort et la peur de tout ce qui peut faire basculer la vie : une houle chargée "d'intentions meurtrières", un vent mauvais, une tempête subite, une brume qui brouille les repères, le froid qui s'empare du corps, une vareuse oubliée à terre...

Au milieu de ces hommes, "le gamin", le plus jeune d'entre eux, qui après cette pêche en mer devra, dans la seconde partie "le gamin, le village et la trinité profane", se faire le porteur du précieux, mais ô combien douloureux, héritage de son ami Barour. Au cours de ce périple qu'il entreprend seul, désespéré, assommé par le froid glacial, la fatigue, il rumine d'obscures pensées : faut-il vraiment vivre, et pourquoi ?

Ce livre, s'il nous fait partager la rudesse de ces vies soumises à la puissance des éléments, s'il parle beaucoup de la mort, nous donne aussi à goûter les beautés et les douceurs de la vie au travers de portraits de femmes, dépositaires des rêves des hommes et dont le regard est pour eux comme une promesse de bonheur.

Il faut lire ce livre inspiré en prenant son temps pour se laisser imprégner par la beauté de ses mots et de ses étranges noms, par la richesse de son style et de ses métaphores, par le souffle et la poésie de ses images, par ses élans métaphysiques sur la vie et la mort, par ses profondes réflexions sur l'amitié, le pouvoir des mots, le souvenir de ceux qui ne sont plus, la force des hommes et leur fragilité aussi...

Jon Kalman STEFANSSON est né à Reykjavik en 1963. C'est un auteur majeur en Islande, connu pour ses poésies et  ses livres "Lumière d'été" et "Ensuite la nuit arriva". Il est aussi le  traducteur de Knut Hamsun.

Annie du B