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La Voie ferrée de la Mort : Portrait de l'enfer. (vécu par le père de Flanagan)

 Il a fallu douze années à Richard Flanagan pour écrire ce livre dédié à son père qui mourut le jour où son fils acheva le roman.

Ce livre a obtenu le prix «Man Booker Prize» 2014 prix littéraire anglophone équivalent à notre Goncourt.

Le sujet de ce livre c'est le projet complètement fou de l'armée japonaise de construire «La Ligne» c'est à dire une voie ferroviaire (de plus de 400kms) entre la Thaïlande et la Birmanie au cœur de la seconde guerre mondiale avec un millier de prisonniers pour la plupart australiens comme main-d'oeuvre.

Une fois, la voie terminée, le Japon avait l'intention d'attaquer les Britanniques en Inde.

 On est en 1941, Dorrigo Evans, jeune officier médecin vient à peine de tomber amoureux d'Amy, qu'il est appelé sur le front .

 L'auteur nous plonge dans un camp de prisonniers ; Il décrit les conditions de vie dans cet enfer où règne, folie, famine, maltraitance, violence, et maladies, telles la malaria, la dysenterie, le choléra et le typhus.

Sous les pluies torrentielles de la mousson les hommes triment nuits et jours sous les coups et les brimades du sadique commandant japonais. Ce ne sont plus des hommes mais des esclaves.

«Des rangées de prisonniers nus gisaient tels des insectes mourants tombés d'un étrange essaim, non pas alignés mais dans un curieux désordre, autant de cigales dont le thorax se soulevait à intervalles réguliers sur les lattes de bambou, avec leurs énormes yeux vides et sans éclat, et pour tout signe extérieur de vie cette cage thoracique décharnée qui se soulevait et retombait »

On assiste à des scènes insoutenables : entre autres, celle d'une opération pour combattre la gangrène et celle d'une bastonnade abominable.

L'auteur ne nous épargne pas non plus des odeurs nauséabondes de chair en décomposition, des odeurs âcres qui leur faisaient venir les larmes aux yeux, qui les faisaient vomir.

 Dorrigo se débat envers et contre tout avec la condition humaine.

« Chaque jour il les porte, les soigne, les tient dans ses bras, les opère et les recoud, joue aux cartes dans leur intérêt et défie la mort pour sauver une vie de plus »

Il tient debout en pensant à l'amour qui l'attend. 

Et puis, un jour, la guerre s’arrête.

Il faut retourner à la vie civile, faire face à ses démons, apprendre à vivre avec l’horreur à laquelle on aura survécu pour les victimes et dont on aura été les responsables pour les bourreaux.

L'auteur évoque l’impunité ignominieuse de ces derniers après la guerre.

Car le roman de Flanagan suit au plus près les uns et les autres jusqu’à leur mort, fouillant au plus profond de leurs âmes.

 mobilisé, Dorrigo deviendra un chirurgien réputé et honoré.

Il témoignera sans relâche pour ceux qui sont morts, pour qu'on ne les oublie pas.

«Plus tard, nul ne s’en souviendra vraiment. A l’image des plus grands crimes, ce sera comme si rien ne s’était passé. Les épreuves, les morts, le chagrin, l’inutilité abjecte et pathétique des immenses souffrances de tant d’hommes.»

 Quant à sa vie amoureuse, va-t'il retrouver Amy qui lui a permis de tenir debout ?

 C'est un livre poignant écrit avec passion, une histoire de sang, de sueur dans lequel l'auteur aborde aussi le thème de la mémoire qui s'effrite, de la solitude intérieure .

Le lecteur a le souffle coupé devant ce déchainement d'horreurs mais les haïkus poétiques ici et là et l'espoir incarné par l'Amour donnent des bouffées d'air.

Elise