D’après une histoire vraie                          Delphine de Vigan              éditions J-C Lattès

Prix Renaudot  2015

Delphine de Vigan écrit ce livre à partir de son désarroi d’auteure, quelques années après le succès de « Rien ne s’oppose à la nuit » et elle en fait un « roman ».

Qu’écrire après avoir livré tant de sa part intime semble se demander de bonne foi l’auteure ?

Ce « roman » est en fait une parabole narrative sur les rapports entre la fiction et la réalité dans la construction romanesque. En faisant intervenir  le personnage de « L » qui phagocyte lentement mais sûrement  l’auteur (personnage romanesque lui aussi) en panne d’écriture, Delphine de Vigan réussit cette mise en abyme de l’auteur devant sa page blanche, décrit  ses différentes tentatives d’évitement  du clavier, son face à face avec elle-même et  le déni du réel.

« L » apparaît comme un double de « elle », double fantasmé de l’auteure

« L », c’est aussi le Livre, la Lecture dont elle, « L »  s’est nourrie et qui  lui impose de faire autrement, mieux que ses prestigieux prédécesseurs…ou alors de reconstruire le réel !

Le trouble sur « l’histoire vraie » se poursuit tout au long du roman par la mise en jeu des contextes connus des lecteurs, compagnon, maison d’édition, vie parisienne…relations publiques.

Le leitmotiv des lettres anonymes insultantes envoyées au personnage de l’auteur, les pirouettes finales de la possession et de la dépossession de l’emprise  subie par l’auteur nourrissent cette parabole et font d’un pseudo roman policier une leçon de construction littéraire.

Pour ma part, j’ai trouvé que Delphine de Vigan déployait un peu trop longtemps la réflexion de « l’auteure » racontant sa phase de   phagocytassions par « L » et les troubles qui en découlaient. Cependant ce double à la fois sublimé et haï est révélateur de la part d’ombre et de lumière qui nourrit chaque auteur : un côté Dr Jekyll et Mr Hyde !...  ou  on peut lire ce roman comment  la dépression à tendance schizophrénique est  sublimée en inspiration littéraire…

 A un moment, le compagnon de Delphine de Vigan p 465 suggère à sa compagne qui ne voit pas comment convaincre ses proches de la noirceur meurtrière de « L » : « peut-être que tu l’as inventée pour écrire »….c’est ce que nous avions déjà compris !

Anne