Toute la lumière que nous ne pouvons voir

Anthony DOERR                                                                                            éditions Albin Michel 2015

Quand on referme le livre d’Anthony DOERR, les personnages de Marie-Laure et de Werner restent vivants dans notre mémoire. On a vécu avec eux le bouleversement de la guerre, leurs jeunesses cabossées. Pour l’un : Werner Pfennig, orphelin qui grandit avec sa sœur  Jutta dans un home d’enfants au cœur de la Ruhr, promis comme ses compagnons d’infortune au travail de la mine. Pour l’autre Marie-Laure Leblanc 6 ans au début du récit, c’est la condition d’aveugle qui détermine son existence. Son père, serrurier du Muséum d’Histoire naturelle à Paris prend en main son apprentissage de l’espace au moyen astucieux de maquettes reproduisant leur environnement.

Bientôt, elle lira-en braille-des romans de Jules Verne ; ce qui s’ajoute à sa passion pour la minéralogie : les pierres et les coquillages. Werner, lui, fort de son habileté technique, se montre capable de fabriquer un poste radio sur lequel il capte des conférences de vulgarisation scientifique données par un savant français. Tous deux avec Jutta écoutent avec passion ses « cours » qui leur permettent de survivre « intellectuellement ». C’est cette habileté qui va conduire Werner à échapper au destin de mineur et il se trouvera projeté dans la démence de cette guerre du Reich en tant que spécialiste des ondes.

Elle, Marie-Laure va subir avec son père l’exode et se réfugier chez son grand-oncle Etienne et sa gouvernante Madame Manec au cœur de la citadelle de Saint-Malo. Ils partent en emportant un diamant fabuleux (ou bien est l’une de ses 4 répliques…) appelé « l’Océan des flammes » caché au cœur de l’une des maquettes subtilement agencée par le père de Marie-Laure.

Et dès lors nous sommes plongés alternativement dans la tourmente de chacun des protagonistes.

Chacun d’eux traque un secret et est traqué par les événements ainsi que par la condition qu’ils subissent.

Pour chacun de ses orphelins projetés dans ce maelstrom ; il s’agit de trouver un sens caché, crypté à leur existence alors même qu’il semble que tout leur échappe…

 Deux postures antagonistes sont résumées dans ces deux injonctions :

« Nous sommes une salve de balles, nous sommes des boulets de canon, nous sommes la pointe de l’épée »

et

« « Ouvrez les yeux et voyez ce que vous pouvez avant qu’ils ne se ferment à jamais »

C’est un roman tout à fait passionnant de bout en bout qui nous interroge sur notre capacité à être libre.

Anne