Fumet de lectures

21 janvier 2021

Pas dupe d’Yves Ravey

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Un objet phare dans l’enquête : le collier de perles.

L’inspecteur Costa annonce à M. Meyer que sa femme vient de se tuer en voiture au fond d’un ravin. L’enquête commence pour déterminer si c’est un assassinat ou un accident.

Ecriture minimaliste, court polar de 139 pages qui se lit d’une traite. On suit avec intérêt les assemblages d’indices de l’enquêteur qui surpique certains points avec un semblant de désinvolture mais d’une main de maître pour aboutir à la vérité qui est

terrible.

 

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13 janvier 2021

Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin

 

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Dans un coin de Lorraine ouvrière,

un père, monteur de câbles à la SNCF, élève seul ses 2 fils. Au fil du temps, le plus jeune fera des brillantes études mais l’aîné va déraper jusqu’à la catastrophe et sèmera la honte dans la famille.

Un premier roman (Prix Femina des lycéens 2020*) très réussi, à l’écriture juste, qui se passe en Lorraine, cette région de France désindustrialisée, où les jeunes vivent de plus en plus mal leurs années. « Rien ne trouvaient plus grâce à leurs yeux, ni les écolos, ni les socialos et pas même le PCF. ». Restent les Frontistes de Marine Le Pen qui butinent avec succès dans la région… et qui n’y vont pas de main morte.

Outre une histoire d’amour filiale qui fend le cœur (la fin m’a plus que bouleversée), le parler lorrain parfois utilisé, les lieux comme Villerupt, Redange, Woippy, et plus précisément le lycée Fabert (un des plus beaux lycées de France !), la place Saint-Jacques, l’hôpital Bon-Secours, m’ont plongée dans mes années d’adolescente à Metz, au lycée Georges de la Tour.

Fulgurant.

*mais aussi

- prix Stanislas 2020,

- prix Feuille d’or des Medias 2020

 -prix Georges Brassens 2020

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07 janvier 2021

La Grâce de Thibault de Montaigu

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Comment ne pas être fasciné par ceux qui ont été touchés par la Grâce alors que rien ne les prédestinait à vivre cette Révélation. La littérature foisonne d’expériences vives et bouleversantes de rencontres avec la Foi.

Ici pas de Révélation à la Claudel, converti d'un coup près du second pilier de la nef de Notre-Dame. L’auteur, lui, est touché par la Grâce, dans un monastère, alors qu’il enquête sur la disparition mystérieuse de Xavier Dupont de Ligonnès

Heureusement pour nous, Thibault de Montaigu délaisse cet horrible fait divers pour nous raconter une toute autre histoire. Celle de sa conversion et celle de son oncle Christian, frère franciscain, décédé aujourd’hui, qui après une vie dissolue est rentré dans les ordres. En abandonnant le train de vie de son milieu, cet oncle a choisi de se consacrer à l’Autre et à sa Foi. Itinéraire d’un moine qui se bat pour moderniser son ordre et exercer son sacerdoce auprès des démunis.

Ce qui est intéressant dans ce roman c’est la façon sans fard dont Thibault de Montaigu évoque sa conversion. Il décrit crûment son monde d’avant avec des nuits sexe and coke. Et sa famille aristocratique n’échappe pas au tableau de chasse. 

L’auteur se cache derrière l’histoire de cet oncle qu’il admire pour mieux se raconter. Dire la difficulté de Croire, de renoncer au confort matériel, d’assumer le sourire narquois des amis d’avant…

Un livre touchant qui s’adresse aux croyants, aux non-croyants ou à ceux qui aimeraient Croire….

A écouter, une interview édifiante de l'auteur réalisée par Augustin Trapenard en décembre 

Isabelle

 

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04 janvier 2021

A votre bon cœur de Quino

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En ce début d’année je rends hommage au dessinateur humoristique argentin Quino, décédé en septembre 2020 à 88 ans.

J’ai ressorti cette bande dessinée, publiée en 2000. Ce qu’il dénonçait il y a 20 ans s’avère toujours d’actualité, puissance 10.

Les dessins parlent d’eux-mêmes, j’adore :

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Choisir 3 dessins fut difficile, car tout l'album, d'une grande finesse, souligne nos travers de société moderne.

Bonne année 2021 !

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22 décembre 2020

Anomalie de Hervé Le Tellier

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Goncourt 2020, une cuvée bien étrange... Normal venant de cet auteur, membre de l’Oulipo et héritier de Georges Pérec et de Boris Vian.

Imaginez un monde complétement tombé sur la tête. Pas trop difficile en ce moment… Mais pas question ici de pandémie (ouf !) mais d’un vol Air France 006 à fortes turbulences qui met le bazar dans l’ordre du Monde…

Scientifiques et croyants en tout genre y perdent leur latin. Impossible d’expliquer le phénomène de dédoublement des voyageurs égarés. Et pourtant les personnages existent et l’auteur raconte leur histoire avec brio. Des tranches de vie dignes de romans noirs, de séries télévisées ou de films de SF.

On se laisse embarquer même si on ne sait pas où l’auteur veut nous emmener. D’ailleurs ça patine un peu dans les dernières pages. Mais c’est déroutant, joyeux, inventif, émouvant. Le tout dans un style travaillé avec précision.

Un ovni dans le paysage littéraire….

Isabelle

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18 décembre 2020

Les aérostats d’Amélie Nothomb

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De la piquette.

Quel ennui à la lecture de ce roman !

Amélie Nothomb ne s’est pas foulée et elle n’a pas dû faire beaucoup de ratures à la rédaction car j’ai eu l’impression de relire un de ses précédents ouvrages.

Du coup elle m’a saoulée avec son champagne qu’elle boit comme du sirop, ses prénoms épicènes (Pie, Donate, Ange dans celui-ci) et ses pneus crevés.

Moi qui aimais son écriture élégante, j’ai trouvé que cette fois mettre dans la bouche d’un adolescent rebelle de 16 ans un langage pompeux sonnait faux*.

Quant à la fin, bâclée et qui arrive comme un cheveu sur la soupe, elle nous l’a déjà servie presque à l’identique.

Vous vous répétez Mme Nothomb et votre marque de fabrique a besoin d’une mise à jour.

Je lis, j’écoute A. N. depuis des années et son aura questionne. J’ai trouvé dans « Les aérostats » qu’elle lâchait des vérités sur sa personne, sans en avoir l’air.

Creux.

 

Pie, page 91 : « - Le rejet du père n’est pas réservé à l’adolescence. Ce que je hais chez mon père, ce n’est pas sa paternité, c’est le sort qu’il me propose : à partir du XXIe siècle, l’héritage que nous laisse la génération précédente, c’est la mort. Même pas la mort instantanée : il s’agit de traîner une longue angoisse de cancrelat blessé avant d’être écrasé. »

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15 décembre 2020

Et je danse, aussi d’Anne-Laure Bondoux et de Jean-Claude Mourlevat

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Un bijou de littérature épistolaire.

J’ai lu ce livre formidable « comme on reçoit un bonbon. Je l’ai posé sur ma langue, et je l’ai laissé fondre doucement toute la journée d’hier ». Impossible de le lâcher une fois commencé.

Adeline, divorcée, sans enfant, envoie à Pierre-Marie, écrivain, divorcé 3 fois, 6 enfants, une grosse enveloppe. Elle lui rédige aussitôt un mail le suppliant de ne pas l’ouvrir. Débute une e-correspondance qui va chambouler leur vie et qui va suspendre toute activité du lecteur, curieux de découvrir le lien qui les unit. Je n’ai pas réussi à trouver lequel et ce n’est pas faute de l’avoir imaginé. En effet, les 2 auteurs excellent dans la narration du suspens et des secrets qui s’accumulent.  

La saveur de ce roman se résume à la drôlerie irrésistible des personnages. Plusieurs fois j’ai éclaté de rire au plus grand bonheur de mon entourage qui enviait mes fous rires déclenchés par ces « petits caractères noirs » contenus dans l’objet que je tenais dans mes mains : un LIVRE.

C’est la magie de ce roman à quatre mains.

Réjouissant.

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13 décembre 2020

La voyageuse de nuit de Laure Adler

 

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Gonflée Laure Adler de s’attaquer au thème de la vieillesse, elle qui s’arrange pour ne « ne pas faire son âge ».

A 70 ans bien sonnés, elle se lance. Ceci malgré le peu d’enthousiasme de ses amies qui flairent le traquenard. Et c’est vrai qu’en ces temps un brin déprimant, les concernés rêvent d’autres horizons.

Alors bien sûr Laure Adler entonne l’air connu du grand âge où tout est permis. Liberté de dire, de désobéir, de vivre sans entrave et défend le privilège de l’expérience. Ça c’est pour le côté positif. Pour le reste, elle n’occulte pas le revers de la médaille. Les plus de 65 ans savent de quoi je parle !  

Laure Adler est une femme cultivée qui a rencontré et écrit sur des tas de personnes illustres. Elle ne se contente donc pas de dire les maux et les joies de la vieillesse, elle les illustre de citations et d’anecdotes. Et c’est peut-être là que le bât blesse. A trop étaler les références, le récit perd de sa chair.

Ainsi, Marguerite Duras, Nathalie Sarraute, François Mauriac, Victor Hugo, Stéphane Hessel… et j’en passe viennent à la rescousse du propos mais le brident. Les passages les plus poignants sont ceux où Laure Adler se livre en baissant la garde de l’intellectualisme.  

Isabelle

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08 décembre 2020

Un jour viendra couleur d'orange de Grégoire Delacourt

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"Tandis que le pays s’embrase de colères, Geoffroy, treize ans, vit dans un monde imaginaire qu’il ordonne par chiffres et par couleurs. Sa pureté d’enfant « différent » bouscule les siens : son père, Pierre, incapable de communiquer avec lui et rattrapé par sa propre violence ; sa mère, Louise, qui le protège tout en cherchant éperdument la douceur. Et la jeune Djamila, en butte à la convoitise des hommes, fascinée par sa candeur de petit prince.

Fureurs, rêves et désirs s’entrechoquent dans une France révoltée. Et s’il suffisait d’un innocent pour que renaisse l’espoir ? Alors, peut-être, comme l’écrit Aragon, « un jour viendra couleur d’orange (…) Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront ».

Lumineuse, vibrante, une grande histoire d’humanité."

 

Je suis entrée dans cette lecture avec enthousiasme : c'est un livre qui aborde les problèmes de notre société. 

Je dis bien qui aborde car malheureusement cette fresque sociale est si fournie qu'aucun sujet n'est vraiment analysé.

Les gilets jaunes, la pauvreté, les injustices sociales , l'islamination avec en toile de fond l'amour.

Malgré une belle plume et beaucoup de vérités je n'ai pas été convaincue.

Elise

03 décembre 2020

Nature Humaine de Serge Joncour

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Difficile d’avouer ce léger arrière-goût d’amertume laissé par la lecture de « Nature humaine », Prix Femina 2020.

Délicatesse, sensibilité, portraits à petites touches pleins de tendresse et d’humour des laissés-pour-compte… constituent l’ADN de Serge Joncour. Le tout dans un décor de campagne avec odeur de menthe fraiche. Il évoque depuis longtemps dans ses romans le monde rural dont il est issu.  Cette fois il se lance dans un récit « engagé » en balayant les années 70-90.

1976 La sécheresse mais aussi les manifs anti nucléaires à Creys-Malville.

1986 Tchernobyl

1991 Création de l’A20 avec expropriations à la clé

1996 Crise de la vache folle…

Des événements qui mettent à mal cette campagne qui se dépeuple et poussent les agriculteurs à surproduire et à s’endetter…

 Au-delà des faits « historiques », L’auteur raconte une autre histoire. Celle d’Alexandre, jeune agriculteur qui reprend la Terre de ses parents. Conflit de génération.  Sœurs qui rompent avec leur milieu en partant à la ville. Et bien sûr une histoire d’amour dont l’héroïne est Constanze, belle allemande éprise surtout de liberté.

 Il y a du Petit paysan et du Au nom de la terre dans ce roman. On apprend plein de choses sur ce milieu. MAIS parfois à vouloir trop en dire on perd la poésie et la petite musique tant appréciées de cet auteur.

 Isabelle

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