Fumet de lectures

19 octobre 2018

Mamie Luger de Benoît Philippon

CVT_Mamie-Luger_5514Hilarant, tordant… et touchant.

« Une escouade de policiers prend d'assaut la chaumière auvergnate de Berthe (102 ans, 1 m 22 car pliée en huit de vieillesse) qui n'hésite pas à tirer sur eux. Placée en garde à vue, elle passe aux aveux et relate sa vie à l'inspecteur Ventura. Il y est question de meurtriers en cavale, de veuve noire et de nazi enterré dans sa cave. »

Mamie Luger raconte sa vie en 24 h au commissariat et se déleste sans vergogne de tous les crimes qu’elle a commis. Le canon de son Luger*, hérité d’un nazi, fume encore car elle avait la gâchette facile (et la pelle !) pour s’émanciper du joug masculin.

* « On dira ce qu’on voudra des Boches, mais question armes de mort, ils savaient bosser ».

A son âge, elle ne craint pas la perpète et pour le plus grand plaisir du lecteur, elle est insolente, pleine de verve et ses réparties cinglantes, telle une sulfateuse, décoiffent allègrement. Bravo à Benoît Philippon pour ses prouesses linguistiques, ses pirouettes de mots et ses brouettes de situations cocasses ! J’ai ri de bout en bout, moins à la fin car Mamie Luger devient sérieuse et grave.

Sa vou reux.

 

 

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18 octobre 2018

Intermède 5. Philippe Delestre

deletre

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11 octobre 2018

Trois fois la fin du monde de Sophie Divry

divry Une robinsonade.

« Suite à une cavale avec son frère qui s'est mal terminée, Joseph Kamal se retrouve en prison. Echappant à ses tortionnaires après une explosion nucléaire d'un type inconnu, il tente de survivre en errant dans des maisons abandonnées. Commence alors pour lui une nouvelle vie marquée par un retour à la nature et par la lutte contre sa propre déchéance ».

La première partie, « Le prisonnier », comprime la poitrine du lecteur car les sévices que subit le narrateur dépassent l’entendement.

Seul rescapé dans la zone contaminée d’une catastrophe nucléaire, il goûtera la liberté et son « besoin de solitude qui le torturait presque physiquement » en prison sera assouvi jusqu’à la nausée car devenu Robinson Crusoe, sans Vendredi, il rôdera autour d’une autre prison, psychique cette fois, la folie. Il est infernal de vivre avec les autres mais impossible de vivre seul, prouvera Sophie Divry.

J’ai suivi en apnée sa survie compliquée, adoucie par la cohabitation avec un chat et un mouton, et j’ai retrouvé avec délectation des impressions de lecture du roman de Marlen Haushofer « Le mur invisible ».

Remarquable et saisissant.

 

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08 octobre 2018

Tenir jusqu'à l'aube de Carole Fives

fivesUn coup de poing.

« Une jeune mère célibataire s'occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l'étouffement, la mère s'autorise à fuguer certaines nuits. Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore ? »

Carole Fives, mère célibataire d’Odilon, à qui elle dédie son livre, plie et déplie le quotidien froissé d’une femme seule, démunie face à l’adversité. La narratrice ressent un besoin vital de fuir et de s’octroyer une distance avec son petit qui l’emprisonne et la prive d’une simple vie de femme normale. Quand l’enfant est endormi, elle s’évade dans les rues, les cafés ou sous les ponts tagués de Lyon, met une alarme sur son téléphone et espère « tenir jusqu’à l’aube », tout en culpabilisant car elle aime son enfant.

Dans une langue bien frappée, sans état d’âme, à la frontière du documentaire sur notre époque et du témoignage intime, ce roman met à jour les fonctionnements de notre société. L’individualisme grimpant annonce un sombre avenir : la fin du roman en est l’illustration parfaite.

Un roc de justesse pour ce flot de détresse.

 

 

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01 octobre 2018

La vraie vie d'Adeline Dieudonné

CVT_La-vraie-vie_2224Maltraitance et violence.

Dans un lotissement, la moyenne maison est occupée par une famille spéciale. Le père, chasseur, sème la panique dans sa famille. Il bat sa femme qui est soumise, transparente, inexistante, même quand  elle est battue. Leur fille, 11 ans, et son frère Gilles, 6 ans, s’entendaient bien jusqu’au drame survenu avec le glacier.

Une coulée de lave menace et se répand dans ce conte noir, un peu lent à démarrer mais dont la lecture devient vite addictive car l’ambiance monte en puissance.

Ecrit dans un style filmique ce roman va sûrement intéresser un réalisateur car le thème fait vendre : l’animalité des humains, douleur et souffrance. Le scenario est déjà bouclé car Adeline Dieudonné a merveilleusement retranscrit l’évolution sur 6 étés du langage de l’adolescente, narratrice surdouée.

De même facture que « My absolute darling » ou « Chanson douce », ce 1er roman a déjà décroché 3 prix à ce jour (Fnac, Filigranes, Première Plume) et serait en marche pour le prix Goncourt et le prix Renaudot.

Mouais…

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08 septembre 2018

L'Embaumeur d'Isabelle Duquesnoy

l embaumeur

Dentelle macabre.

« Condamné à la guillotine, Victor Renard, devenu embaumeur pour échapper à une condition misérable, dévoile les zones d'ombres de sa vie, de son enfance marquée par une mère peu aimante au commerce d'organes en passant par ses déboires avec les femmes. »

Je ne vais pas y aller par quatre chemins. L’embaumeur est le roman que je classe 1er dans le top five** de mes lectures estivales, même si j’en ressors toute chamboulée*.

Isabelle Duquesnoy a mis 10 ans pour boucler son histoire très documentée sur la question des défunts au 18è siècle mais aussi sur les us et coutumes de l’époque. Elle nous fait entendre la plaidoirie du « pauvre » condamné, thanatopracteur devenu riche par la force du destin car, 

« Tant que personne n’aura trouvé le secret de l’éternité, ton défilé de charognes n’est pas prêt d’arrêter. » lui assène son épouse.

Assassin depuis sa naissance puisqu’il a tué son frère jumeau avec son cordon ombilical, haï et rudoyé (les mots sont faibles) par ses parents, entraîné dans des coups fumeux de toute part car naïf, malheureux en amour, Victor Renard n’a pas été gâté et précipitera sa perte pour un crime commis sur son lieu de travail.

Passés les premiers haut-le-cœur dans les chambres mortuaires où il opère, je suis rentrée dans l’intimité du héros et je l’ai suivi passionnément, parfois horrifiée et surprise à chaque page.

J’ai beaucoup ri aussi (morte de rire, pour le coup), quand intervenait sa mère, la Pâqueline, démone grossière au dernier degré, infréquentable, mais intelligente à son propre avantage. Insérer du comique dans le macabre, quel talent !

Enfin asperger cette lecture d’odeurs pestilentielles mais aussi de flagrances aromatiques ou fleuries, imbibe le lecteur d’admiration stylistique.

GRANDIOSE.

*A la dernière ligne, j’ai dansé sur RELAX pour sourire à la vie.

 **

topfive

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06 septembre 2018

Massif central de Christian Oster

oster

 Eloge de la fuite.

« Lorsque Paul quitte la femme de Carl Denver, qu'il avait séduite, la crainte d'une vengeance le pousse à partir dans le Massif central. Mais la fureur de ce dernier ne laisse aucun répit à Paul ».

J’ai retrouvé la marque de fabrique de l’auteur : Rouler (titre de son précédent roman) et laisser filer sa vie. Le chemin et les détours, qui mènent à des rencontres et des surprises, comptent plus que la destination. 

Ce n’est pas tant le comportement étrange de Paul, paranoïaque car obsédé par le fait d’être observé par Carl Denver, que le style d’écriture singulier qui m’a portée à la lecture de ce roman : des descriptions ultra-minutieuses de décors, de gestes, de pensées, dans une langue filandreuse, parfois tarabiscotée*. Oster, on aime, comme moi, ou on s’ennuie, et je peux comprendre.

Drôle.

p. 99

*« Le mobilier de l’auberge, comme le paysage, demeurait indécis, dont la base rustique semblait avoir été lissée dans une visée d’allégement. Tout était absolument propre mais rien, sans être résolument laid n’indiquait qu’on eût achevé ici le possible projet d’accueillir une clientèle exigeante ».

= l’auberge ne casse rien.

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03 septembre 2018

Dans le murmure des feuilles qui dansent d'Agnès Ledig

ledig

Une autre vie possible ? Une histoire d’amour impossible ?

« Anaëlle écrit un roman et se rappelle que son ancien professeur, Hervé, également procureur, pourrait l’éclairer sur des détails. Elle lui écrit et s’engage une correspondance qui très vite prend une autre tournure. De son côté, Thomas, un menuisier, met sa connaissance des arbres et des sous-bois au service de son petit frère hospitalisé. C'est dans une petite maison que ces deux destins finiront par se croiser. »

Le résumé en 4e de couverture me laissait dubitative sur l’intérêt d’une énième lecture d’une correspondance épistolaire entre un homme et une femme, couplée à une histoire triste d’un petit enfant atteint d’une maladie grave. J’ai lu maintes fois des romans où « la vie est plus forte que tout » ou bien sur un homme marié qui veut mettre du piment dans son couple devenu fade.

J’ai eu tort d’hésiter car l’écrivaine m’a très vite prise par la main et m’a épatée.

Un roman poignant, puissant, poétique, où oui « la vie est plus forte que tout, celle qui crève le bitume. » et l’écriture d’Agnès Ledig m’a éblouie car elle nous laisse capter quelque chose d’invisible qui se cache entre les mots, dans les sous-entendus et les hésitations.

Bien, très bien.

 

 

27 août 2018

Retour à Séfarad de Pierre Assouline

assoulineSéfarad = Espagne en hébreu

Road-movie culturel.

En 1492, les juifs d’Espagne ont été sommés de quitter leur pays, où ils vivaient depuis des siècles.

En 2015, le nouveau roi Felipe VI promulgue une loi qui autorise tous les descendants des séfarades à travers le monde de retrouver la citoyenneté espagnole et de revenir au pays, 5 siècles après.

Pierre Assouline décide un retour aux sources vers ses ancêtres et fait un long voyage en Espagne. Il dépose aussi un dossier pour se voir remettre un passeport espagnol qui lui revient de droit.

J’ai adoré ce roman autobiographique.

Lire Pierre Assouline, c’est rouler en Jaguar car son style, paré d’une grande noblesse et d’une érudition sans pédanterie, captive par son élégance. Il fait des rencontres extraordinaires parce que son métier de journaliste et d’écrivain reconnu lui octroie le privilège d’ouvrir de nombreuses portes. Cependant son statut ne l’empêche pas de se heurter à quantité d’obstacles imprévus dans les administrations, ce qui confirme que retrouver une identité s’avère toujours désespérant car très compliqué.

Exaltant.

 

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21 août 2018

L'été d'Agathe de Didier Pourquery

pourqueryLa maladie du baiser salé.

Si un médecin se met à lécher goulûment le crâne de votre enfant pour diagnostiquer, par une sueur salée, une mucoviscidose, il passerait pour un charlatan ou un « sombre connard » comme l’ont pensé en 1984 les parents d’Agathe à qui c’est arrivé.

Sauf qu’il avait raison et les tests de sueur en laboratoire ont confirmé le diagnostic à l’ancienne du vieux docteur. Jusqu’en 1960 la vie des enfants au goût salé plafonnait à 5 ou 7 ans puis l’espérance de vie atteint 25 ans en 1980.

Agathe est morte à 23 ans, 6 mois après sa deuxième greffe de poumons.

Son père, l’auteur, a noté « tout ce qui se passait et tout ce qui lui venait » lors de ses nombreux séjours à l’hôpital. A son chevet, il a également « fait des provisions d’elle, de son beau visage à l’ovale parfait »

Loin de nous transmettre un récit angoissant sur la mort, nous découvrons la vie d’une jeune femme qui se savait condamnée mais qui a vécu intensément dans la mesure de ses capacités et même au-delà.

Didier Pourquery, rédacteur en chef de plusieurs titres de presse, dont Libération et Le Monde, écrit ce récit en 2016, 9 ans après la mort de sa fille  car « Il y a tellement de choses que je voudrais te dire, mon Agathe. Je vais les écrire dans un livre, ça me fera du bien de te les raconter… de te raconter. »

Doux et déchirant.

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