Fumet de lectures

18 mai 2018

Intermède.

oinrock

sans commentaire....

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12 mai 2018

Les Loyautés de Dephine de Vigan

les loyautes

Hélène est prof de Sciences Nat et Cécile mère au foyer. Toutes les deux sont inquiètent. Cécile en tant que mère de Mathis. Hélène comme prof de Théo. Elles ont l’intuition qu’il se passe quelque chose d’inavouée et d’inavouable dans le quotidien de ces collégiens. Il faut dire que pour Théo la vie n’est pas rose. Il est balloté une semaine sur deux entre un père qui a décroché et ne peut plus rien assuré et une mère en colère et pleine de haine pour « l’autre ». Théo pour s’échapper boit de l’alcool en cachette. Il entraine son camarade Mathis dans son escalade autodestructrice.

Tout cela pourrait paraître une histoire bien noire et malheureusement déjà vue. Mais Delphine de Vigan en fait autre chose qu’un roman sordide. Elle appuie là où ça fait mal.

Pourquoi ces deux femmes sont les seules à repérer la détresse cachée de ces jeunes ? Pourquoi font-elles tout pour découvrir d’où viennent le malaise et le mal de vivre des garçons ? Pourquoi se sentent elles si mal à leur tour en découvrant les incartades des jeunes. C’est là que cela devient intéressant. Car le désastre qui s’annonce révèle le leur, fait ressurgir le passé et c’est douloureux.

Delphine de Vigan, dans ses romans, aime les jeux de miroirs déformés,  traite souvent des troubles de la personnalité et aborde les blessures de l’enfance. Elle le fait ici encore avec une écriture au scalpel, mots choisis sans fioritures. Et c’est là son talent.  

 Isabelle

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Mauvais coûts de Jacky Schwartzmann

couts

Lauréat 2016 du prix de la page 111,  le plus absurde des prix littéraires.

Gaby Aspinall, célibataire cynique, est acheteur pour une multinationale en cours de rachat par des Américains. Il déteste ses congénères, et rien ne trouve grâce à ses yeux. Sa carapace caustique cache pourtant des failles profondes. Mais il se montrera aussi amoral que l'entreprise qui l'emploie.

Un aperçu de la page 111 (accrochez-vous...) :

«  … Et puis elle était là, comme une pute, son cul posé sur un capot, avec sa clope en travers et sa mini-jupe en travers aussi…. Elle avait l’arrogance d’être là et j’étais incapable de faire ce que je m’étais juré de faire : lui en foutre plein la gueule, lui demander des comptes….. »

Des vulgarités à toutes les pages, oui mais ce livre se lit d’une traite avec un plaisir non dissimulé.

Le rythme est bon, l’imaginaire fécond. Des averses de vérités sur le monde de l’entreprise en France*, la solitude malgré Facebook et Meetic, font de ce roman une originalité détonante.

* « Les marchés, tout ça, c’était plus qu’une piscine à requins et, si tu n’es pas productif, t’es une sardine. On te bouffe. »

Violette en parle mieux que moi et c’est grâce à son billet que j’ai découvert cet auteur.

Vive la blogosphère littéraire !

 

 

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10 mai 2018

Microfictions 2018 de Régis Jauffret

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« Chaos d’histoires. »

Prix du Goncourt de la nouvelle, décerné le 4 mai 2018.

500 courtes histoires (moins d’une page et demie) de personnages ordinaires confrontés à des situations touchantes, cruelles voire monstrueuses : un couple qui élève un enfant autiste, un père et sa fille tous deux atteints d'un cancer ou encore un enfant mal-aimé qui poignarde sa mère…

Au risque de s’y noyer, impossible de plonger dans ce volume de 1020 pages* sans pause, pour reprendre sa respiration. Le pessimisme sur la condition humaine touche le fond et l’humour noir de Régis Jauffret bouscule mes neurones. 

Je lis donc ce livre à dose homéopathique pour ne pas sombrer dans l’overdose d’une désolation mais j’avoue que c’est époustouflant et je conseille vivement l’achat de cet ouvrage à 25 € (bon rapport pages/prix) plutôt qu’un emprunt à la bibliothèque, pour le savourer à son rythme.

Délicieusement amer.

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07 mai 2018

La route du Rom de Didier Daeninckx

romLes pieds dans le plat.

Le Poulpe se retrouve en Normandie afin d'y enterrer son ami Rom et d'élucider sa mort suspecte qui n'est pas sans rapport avec le passé des notables locaux et la France des années noires.

L’enquête se déroule sans jouer avec nos nerfs ; Le Poulpe est malin et il arrive à ses fins avec une audace incroyable pour faire sauter la digue de silence que son ami gitan avait construite.

Après avoir tiré quelques ficelles, Le Poulpe tombe sur un gros câble et notre sang ne fait qu’un tour.

En donnant la voix aux morts, Didier Daeninckx éclaire le lecteur sur les sévices du régime de Vichy à des oubliés de l’histoire : les Roms, une population dont on fait peu de cas.

« Les Roms existent par ce qu’ils ne dévoilent pas. Leur résistance pendant des siècles s’est appuyée sur la mémoire du silence, en effaçant les traces pour être insaisissables, et non pas pour oublier. »

Chapeau bas !

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27 avril 2018

Ma soeur, cette fée carabossée de Clément Moutiez

Ma-soeur-cette-fee-caraboee Drôle et grave. 

Découvrir ce récit sur la différence, le handicap, la trisomie de Domitille, sœur de l’auteur, c’est appuyer sur les touches amour, joie, écart, résistance.

L’écriture de Clément Moutiez est un vrai régal. Dans un style doux, poétique, bordé d’humour et d’émotion, il nous livre sa vie de famille, centrée autour de Domitille, haute en couleurs et dévoreuse d’énergie.

La jeune fille, âgée de 26 ans à la sortie du livre, en 2016, s’exprime sans filtre et ses explosions de spontanéité, tellement cocasses, m’ont fait rire maintes fois, à tel point que je verrais bien le potentiel comique des chapitres porté sur les planches, déclamé en sketches par l’auteur lui-même. Succès garanti.

On rit mais sous le capot il y a des questionnements et de l’indignation. Heureusement des moteurs d’espoir apparaissent, avec à la clé un frein à la peur. Saluons l’initiative du restaurant refletnantes, à Nantes, qui emploie* une majorité de trisomique et qui ne désemplit pas…

« Quand un trisomique rentre dans votre vie, c’est une dynamo à émotions qui se met en route…..Oubliés les oripeaux conventionnels, les barrières sociales et les codes relationnels. Un trisomique, il vous prend par le cœur, vous fait bouillonner les tripes, vous décongestionne le sourire…. J’ai connu des hommes de pierre impassibles et froids qui courbaient l’échine devant cette enfant qui les regardait droit dans les yeux et leur disait « Tu es beau ». J’ai connu des allergiques aux handicapés qui retournaient leur veste en un éclair. »

Une belle parcelle de lumière humaine.

 *19 % de chômeurs handicapés contre 10 % de chômeurs valides en France.

moutiezc

J'aime Domitille et j'adore le style de son frère.

 

 

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23 avril 2018

La petite cloche au son grêle de Paul Vacca

La-petite-cloche-au-son-greleLa magie de la lecture.

Après la lecture effroyable de MY ABSOLUTE DARLING il me fallait un roman enchanteur débordant d’amour parental.

Ce premier roman de l’auteur, écrit en 2003, nostalgique, tendre, généreux, a amplement comblé mon attente.

C’est l’histoire de l’immersion de Proust dans un milieu populaire qui montre que la lecture peut changer la vie de tout un village.

Bon comme une chouquette !

   

 

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17 avril 2018

MY ABSOLUTE DARLING de Gabriel Tallent

darling

« Connasse, tu es à moi. »

Ainsi s’adresse Martin à sa fille Turtle, qu’il prétend aimer exclusivement.

Martin, écolo parano, jaloux, possessif, abominable, impose à sa fille de 14 ans de la douleur entrecoupée de déclarations d’amour. Tous deux vivent reclus dans une maison délabrée sur la côté nord de la Californie. Turtle, orpheline de mère, va au lycée et attire bien l’attention des professeurs qui soupçonnent une maltraitance mais Turtle tient bon et protège son lourd secret : son père abuse cruellement d’elle. Sa rencontre en forêt avec deux garçons lui ouvre une porte et l’aidera à voir clair en elle-même. Tiraillée entre la fascination qu’elle porte pour son père, pervers mais intelligent, et l’absolu besoin de sauver son âme et sa peau, elle mènera un combat intérieur de survie. Agira-t-elle enfin ? Réussira-t-elle  « à prendre sa putain de vie en main » ?

La mécanique narrative de l’auteur, aussi bien huilée que les armes à feu dont Turtle se sert en experte au quotidien, nous fait passer par toutes les palettes d’émotions imaginables et nous propulse sans ménagement loin de notre quotidien.

Un roman qui fait grand bruit depuis sa sortie en mars 2018 et pour cause : Gabriel Tallent, 30 ans, signe un premier roman sans faute qui me hantera longtemps.

Une météorite dans le paysage littéraire.

Merci Martine !

 

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15 avril 2018

Les rêveurs d'Isabelle Carré

Les_reveurs Sa vie est un roman.

et elle l’a écrit, à 46 ans. Encore un récit d’une people qui se croit intéressante ? Pas du tout.

Les médias la qualifient de « discrète et lumineuse » et après la publication de ce beau roman autobiographique, on peut dire aussi qu’Isabelle Carré brille par son style d’écriture.

Elle raconte ses difficultés à grandir entre des parents mal unis et comment ses rôles au cinéma sont devenus un refuge.

Elle a obtenu le Grand Prix RTL Lire 2018 et depuis, ses entretiens sont nombreux. Je retiens deux points cruciaux :

Le désarroi d’une petite fille devant une mère qui ne mange plus, qui prend des médicaments avant de sortir car elle a peur du monde, qui ne regarde plus ses enfants, qui va mal.

Lors de la Manif pour tous, l’absence d’écoute d’enfants d’homosexuels. Elle aurait voulu y entendre un écho à sa propre histoire, quand son père a commencé à se teindre en blond puis a fini par assumer pleinement son homosexualité.

Une écrivaine est née.

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09 avril 2018

Les neiges bleues de Piotr Bednarski

neigesbleueMémoire blessée.

Au coeur du système répressif soviétique des années 40, dans l'antichambre du goulag, un petit garçon de huit ans tente, malgré les épreuves, de garder l'allégresse naturelle à l'enfance.

Parce que l’enfance est le sol sur lequel nous marchons toute notre vie, Piotr Bednarski relate une période de son existence où ses parents et ses grands-mères étaient encore de ce monde. Aimé et protégé par une mère dont la beauté clouait sur place, Petia possédait l’antidote contre le redoutable venin du régime soviétique, dirigé par « deux vampires : Staline et Beria. »* : la confiance en soi. Il ne craignait pas de dépasser les bornes autorisées dans son village reculé de Sibérie, surveillé étroitement par le NKVD, où l’hiver sévit à – 40° (d’où le titre du livre, car la neige devient bleue tellement il fait froid).

« Il fallait survivre avec le sourire, pour rester ce qu’on était : un être humain ».

Or « en Russie soviétique, un homme ne pesait pas plus qu’un moustique… ceux-ci pouvaient disparaître sans laisser de trace, et souvent ils disparaissaient ainsi »

« En Russie, il n’y a que les oiseaux de libres ».

*En complément de ce récit qui fut pour moi trois heures (139 pages) de beauté d’écriture (Merci Goran !), de poésie mais aussi de douleur, j’ai enfoncé le clou et suis allée voir le film  La-mort-de-Staline, farce politique sur les luttes de pouvoir du Politburo à la mort du dictateur. Sa projection a été déclarée interdite par le Kremlin. Mais cela est un autre débat et les commentaires circulent en ce moment dans les médias.

 

 

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