Fumet de lectures

22 mai 2019

Les rêveurs de Isabelle Carré

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Comment imaginer derrière le sourire angélique d’Isabelle Carré les blessures de son histoire familiale. Fille de parents peu ordinaires, elle raconte ici son chemin semé d’embûches jusqu’à devenir la comédienne que l’on connaît.

Ni pathos, ni jugement, juste une forte envie de dire avec beaucoup de sensibilité comment grandir et se construire dans un cadre hors norme. Assumer le regard des autres, être protectrice de ses parents plutôt que protégée, accepter la fantaisie et s’en nourrir. Isabelle Carré navigue dans ses eaux troubles sans nous donner de cadre chronologique. Déconstruction à l’image de ses souvenirs, de ses manques et de ses sentiments. Beaucoup de pudeur et une belle écriture font du roman de cette vie un petit joyau.

Pour prolonger cette lecture,  j’ai regardé pas mal d’interviews d’elle réalisées à la sortie du livre. Et malgré son sourire indéfectible, on la sent tendue, perdue. Et pour cause, les gens ne sont intéressés que par les faits jugés croustillants de son histoire d’actrice connue. Le reste… et donc l’essentiel passe à la trappe. Dur, dur d’assurer la promo de son livre !

Isabelle

Il me semblait que Marie-Jo avait déjà repéré "les rêveurs". A lire ou relire...

 

 

 

 

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18 mai 2019

Intermède 12 - Thomas Carretero

ThomasCarretero

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16 mai 2019

Dehors la vieille de Géraldine Dubois

duboisSubprimes en Espagne.

« Dona Adela, 80 ans, reçoit une lettre recommandée lui enjoignant de quitter son appartement, car elle s'était porté caution de son fils dans l'achat de son logement et il ne peut payer ses traites. Une voisine geek et un ami financier, fraîchement expulsé, mais avec des documents compromettants décident de l'aider. Bientôt, c'est le monde tout entier qui se mobilise. »

Le début du roman est génial car la voisine, Clara, nous montre comment, en quelques clics et avec du bon matériel, on peut désormais communiquer en direct avec le monde entier.

Hélas de grosses ficelles s’emmêlent dans l’histoire et alourdissent le style qui devient trop recherché et trop écrit.

La fin est servie comme un plat froid car très vite on se doute que l’issue ira dans le bon sens, enfin presque car une surprise intervient quand même.

Decrescendo.

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10 mai 2019

Les gratitudes de Delphine de Vigan.

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Il n’est jamais trop tard pour exprimer sa reconnaissance.

Michka perd progressivement l'usage de la parole. Marie, son ex-voisine, dont elle est très proche, vient la soutenir par ses visites à l’E.H.P.A.D et un orthophoniste, Jérôme, dépassera son rôle de soignant pour une bonne cause.

Dans ce roman, dont le titre donne le souffle, Delphine de Vigan défend la valeur humaine qu’est la gratitude.

« Sans le langage, que reste-t-il ? » Michka se quitte et les mots fondent dans sa tête mais pas les souvenirs et l’enfance remonte à gros flot :

 « … la pérennité des douleurs d’enfance. Une empreinte ardente, incandescente, malgré les années. Qui ne s’efface pas. »

Avant de mourir, Michka n’a qu’une obsession : exprimer sa plus grande gratitude à un couple qui, en l’occurrence, n’attend rien d’elle.

172 pages de monologues ou de dialogues avec une émotion derrière chaque mot ! Le texte (et le contexte) a pénétré intimement mes oreilles et m’a bouleversée, au point d’essuyer plus d’une larme.

Bienveillant.

« Merdi » Isabelle pour cette photo prise à Angers le 2 mars 2019. 

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« Merdi  » Fabienne pour le prêt de ce livre, dont j’ai découvert la belle dédicace à ton égard.

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Toutes deux, soit dit en passant, avez quand même eu l’audace d’aborder, en coulisse, François Busnel et de discuter avec lui.

Inoubliable rencontre.

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04 mai 2019

L'échelle de Jacob de Ludmila Oulitskaia

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 Le théâtre de la vie.

« Nora, scénographe passionnée et assoiffée de liberté, revit le destin du grand amour de ses grands-parents, Maroussia et Jacob, à travers des lettres découvertes dans une malle, écrites en 1911. Le destin du jeune couple croule sous le poids de l'histoire soviétique. »

J’ai serré ce roman sur mon cœur pendant une semaine où que j’aille, en train, bus, tram et même à vélo. velo Pourtant j'ai craint ne pas poursuivre jusqu’à la page 634 quand j’ai vu l’arbre généalogique de la 1ère page, remplie de noms russes que j’ai d’ordinaire du mal à enregistrer et qui me font perdre le fil. 

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La construction acrobatique et l’exigence stylistique remarquable de l’autrice (chapeau la traductrice Sophie Benech !) m’ont séduite immédiatement et m’ont entraînée dans un énorme fleuve d’écriture qui brasse musique, théâtre, littérature pour un récit de quatre générations russes pendant un siècle (1911/2011).

Je reste admirative de Nora, épouse, amante, mère, qui n’a jamais eu peur de ses choix de vie étonnamment audacieux.

Passionnant.

 

 


28 avril 2019

Les naufragés de l’île Tromelin d’Irène Frain

irene-frain-les-naufrages-de-l-ile-tromelin-livre-1158480307_LDéfi physique contre la nature.

 « 1761. Un navire français s'échoue sur une île. A son bord, 160 esclaves. Les marins refusent d'aider un officier à construire une chaloupe. Les esclaves participent alors à la fabrication de celle-ci. Mais au moment du départ, ils ne sont pas embarqués. 15 ans plus tard, apprenant ce forfait, des hommes viennent secourir les huit derniers survivants. »

Comment les esclaves ont fait pour entretenir LE feu allumé par les marins français avec une arme à feu, avant un abandon à leur triste sort ? Comment se sont-ils organisés pour vivre 15 années sur un territoire hostile d’un km2, où le vent souffle en permanence et où les ouragans recouvrent entièrement l’île en novembre? Comment ont-ils tenu psychologiquement pour ne pas devenir fou ? Réponses sidérantes dans ce roman vrai que j’ai dévoré et qui m’a transportée dans une autre dimension, océanique.

Il faut hélas conclure que les Blancs, excepté un officier, Castellan, ne sortent pas grandis de cette histoire.

Liquéfiant.

http://www.chateaunantes.fr/fr/evenement/tromelin

frain Irène Frain à Angers, le 2 avril 2019 frain2

 

 

22 avril 2019

Sérotonine de Michel Houellebecq

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Si vous connaissez plus déprimé que Houellebecq, faîtes-moi signe… On sait que c’est sa marque de fabrique. Mais alors là, il fait très  fort. C’est l’histoire d’un mec, ingénieur agro, qui traine son mal de vivre. Il quitte Yuzu, jeune japonaise vénale aux mœurs libres, s’enferme et s’alcoolise dans une chambre d’un hôtel Mercure avant de rejoindre un copain de promo reclus dans son exploitation agricole déficitaire.

On avait parlé du dernier Houellebecq comme du roman sur la France rurale, du monde paysan asphyxié par l’Europe. Patience, patience… Il faut d’abord s’appesantir sur les problèmes sexuels de son héros, ses échecs sentimentaux, sa solitude, sa vie de M…  avant d’en arriver là. Et après une scène épique et suicidaire de manif d’agriculteurs, on repart dans la spirale des antidépresseurs et de comment en finir avec cette vie-là…

Pas sûr d’avoir donné envie de se ruer sur ce dernier opus. Mais… tout de même il ne faut pas nier le talent d’écriture de l’auteur, ses phrases chocs où l’on est pris par surprise par tant de fulgurance. Toujours son regard extra lucide sur ce que nous sommes. Grand maître du cynisme, il ne peut que nous faire réagir. On lui en veut. On se révolte de tant de noirceur et de haine pour la vie. Mais c’est peut-être pour lui objectif atteint !

Isabelle

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20 avril 2019

Comme à la guerre de Julien Blanc-Gras

CVT_Comme-a-la-guerre_1740La paternité aujourd’hui.

« A bientôt 40 ans, le narrateur vient d'être père, dans un Paris meurtri par les attentats de 2015 où les militaires patrouillent devant les crèches. Tout à la fois émerveillé devant son fils et inquiet de cet environnement anxiogène dans lequel celui-ci va grandir, il plonge dans les journaux intimes de ses grands-pères, qui ont vécu les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale »

Les livres où la fraicheur, la jeunesse et la spontanéité se font rares donc je m'empresse de citer le dernier ouvrage de ce journaliste, globe-trotter, qui ancre son expérience de père dans une France traumatisée par les attentats. Confrontés à la fin du monde en permanence, il nous incite à relativiser en citant l’horreur qu’ont vécue ses deux grands-pères à la guerre. Armé de formules fines et malignes, il monte une échelle du tragique qui fait réfléchir et surtout rire grâce à son rejeton qui découvre la vie avec une curiosité originelle craquante.

Optimiste.

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18 avril 2019

Intermède 11 - Emmanuel Chaunu

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12 avril 2019

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

 

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A l'occasion de la sortie en poche de « Sur les Chemins Noirs », en tant que fan de Sylvain Tesson, je me suis dit qu’on pouvait en reparler. Elise avait évoqué ce récit avec enthousiasme  http://lebanquetdesmots.canalblog.com/archives/2017/02/16/34945238.html

Juste redire le plaisir de se laisser embarquer sur les chemins de l’hyper-ruralité avec l’ami Sylvain. Ces chemins, figurant toujours sur les cartes IGN, souvent disparus, plus entretenus ou annexés par les agriculteurs du coin.  

Itinéraire tortueux comme l’aime l’auteur qui prend son temps, savoure cette déconnexion au monde. Les odeurs, les couleurs et le bruissement des feuilles le nourrissent. Et toujours un livre dans sa poche, la seule addiction qui lui soit encore autorisée. 

Cette balade dans la campagne française n’a rien à voir avec le guide du routard. On ne sait pas grand-chose des lieux traversés. Rien sur le patrimoine de la Creuse ou de la Provence. Non juste une petite musique de l’âme…

Isabelle

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