Fumet de lectures

13 janvier 2022

Jeune-vieille de Paul Fournel

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La relation Editeur/Auteur.

Geneviève, qu’un copain de classe a surnommé « Jeune-vieille », a toujours voulu devenir écrivain et, cinéphile, elle rêve de voir un de ses romans porté à l’écran. Un long parcours l’y mènera mais à quel prix ?

En 2012 j’avais lu du même auteur «La liseuse » que j’avais adoré car la plume de Paul Fournel regorge d’humour. Il était question de l’écriture du point de vue de l’éditeur.

En 2021, il se glisse dans la peau d’une femme et nous détaille cette fois le point de vue de l’autrice et sa relation, très intense et spécifique, avec l’éditeur d’une petite maison qui l’a fait connaître, puis avec un second éditeur, grand groupe puissant qui « sait mieux compter que lire ».

Paul Fournel, septuagénaire, a été éditeur et sait de quoi il parle quand il remarque qu’en France la relation privilégiée éditeur/auteur se dirige vers un business éditorial à l’américaine (par exemple un agent deviendrait l’intermédiaire entre les deux acteurs du livre). Une nouvelle ère de l’édition pointe à l’horizon et il raconte les méthodes à petite échelle qu’il a connues.

Pourtant il reconnaît que le système français vis-à-vis des écrivains, qu’il compare aux paysans, est totalement suranné et ne peut plus durer. En effet, économiquement ils font vivre toute une chaîne de métiers mais ne gagnent rien, EUX.

Un régal ce roman où l’on déjeune beaucoup au restaurant car la tradition veut que rien ne se décide sans un bon repas bien arrosé.

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06 janvier 2022

La Bibliothèque des écrivains : le livre qui a changé leur vie

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Raté pour déposer ce livre au pied du sapin. Mais cadeau encore possible pour les Capricornes !

34 écrivains contemporains disent à leur façon le ou les livres qui ont changé leur vie. C’est jubilatoire ! De quoi remplir notre liste… déjà longue de titres « à lire absolument ».

Les auteurs se prêtent avec joie et pudeur à l’exercice. On est émus, étonnés, émerveillés, sidérés par leur choix. Et on s’y retrouve quand un livre a changé aussi notre vie, notre goût pour la littérature, notre regard sur le monde…

Difficile de les citer tous. Mais coup de cœur pour le texte de Gaëlle Josse sur sa découverte de Lol V. Stein de M. Duras. « J’ai compris beaucoup de choses, immergée dans ces pages aussi solaires que fuyantes, aussi limpides que rebelles à la raison ».

Ou encore pour Arnaud Cathrine, subjugué par le ton de Chantal Thomas dans Comment supporter sa liberté, qui prône la fugue incessante.

Un dernier… Celui de Delphine de Vigan qui annonce : « Je n’ai pas de livre culte et aucun n’a changé ma vieDes livres m’ont aidée à pleurer, à rire, à vivre ». Elle recommande, quand même, un livre de Stephen King, Dolorès Claiborne. Choix surprenant, non ?

En plus, ce recueil de textes se lit comme un roman. Bon appétit !

Isabelle

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01 janvier 2022

L’éloge du rire de Céline Hess Halpern

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La thérapie miracle.

« Un petit livre qui remet du soleil dans la tête » et qui tombe à pic (sorti en mai 2021) comme piqûre de rappel en cette période morose.

Si tous les humains sont impactés par le Coronavirus depuis 2 ans, ils ont tous, aussi, « la capacité magique de rire », ce rire aux vertus prouvées scientifiquement : « la santé d’un individu est proportionnelle à la quantité de son rire » (James Walsh) mais pas que…

« Le rire aurait un effet positif sur le système immunitaire. Ce dernier est le moyen de défense naturel du corps contre les pathologies, telles que les VIRUS, bactéries, champignons, parasites. »

Ce livre donne un bon coup de fouet au moral puisqu’il foisonne de preuves et de trucs pour nous inciter à garder une bonne santé physique ET mentale, en passant par le RIRE *

Alors en 2022, rigolons sans modération.

*Régis Debray, dans son dernier livre « Eclats de rire » va encore plus loin dans son analyse et suggère de « rire de nos larmes » pour une vie plus… plus…. comment dire, pour une vie plus riante.

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22 décembre 2021

La plus secrète mémoire des Hommes de Mohamed Mbougar Sarr

Goncourt

Bravo aux Goncourt pour leur audacieux Prix 2021.  

En récompensant le roman du sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, ils rendent hommage à la Littérature avec un grand L. Car ce jeune homme de 31 ans est un dingue des mots. « Faire comme si la Littérature était la chose la plus importante sur terre » annonce-t-il dans ce roman foisonnant.

Après quelques coups de griffes adressés à « ces écrivains qui se révèlent plus doués pour commenter la Littérature que pour écrire vraiment ».  Et un mea culpa sur la honte qu’il ressent à parler Littérature « comme si notre vie en dépendait alors que l’Afrique se noie dans les guerres, la famine ». Mohamed Mbougar Sarr se lance dans une histoire rocambolesque sur la piste de T.C. Elimane, écrivain mystérieux qualifié de « Rimbaud nègre » avant d’être accusé de plagiat.

450 pages pour raconter cette quête qui va au-delà de l’enquête. Des personnages à foison. Des tranches de vie, comme des contes qui nous font voyager dans le monde et dans celui de l’auteur, peuplé de légendes africaines.

Lecture exigeante. Il faut parfois s’accrocher pour ne pas perdre le fil. Mais ça vaut le coup de découvrir cet auteur !  

Isabelle

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19 décembre 2021

Milwaukee Blues de Louis-Philippe Dalembert

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« Je ne peux plus respirer .» (25/05/2020)

Inspiré du meurtre de George Floyd par un policier, l’auteur développe les violences policières et le racisme aux Etats-Unis à l’encontre des noirs.

Emmett, la quarantaine, célibataire, 3 enfants, vit chez sa mère et survit de petits boulots. L’épicier du quartier appelle un jour la police car il le suspecte de vouloir payer en faux billets. Il mourra, asphyxié par le genou du flic qui a déboulé dans le ¼ d’heure en apprenant que l’homme en question était NOIR : le premier contact avec le standard de la police, glaçant, annonce la couleur…

Louis-Philippe Dalembert a voulu faire écho, 65 ans plus tard, au meurtre d’Emmett Till, cet adolescent de 14 ans tué en toute impunité par des policiers blancs en 1955, parce qu’il était noir.

 « La force de ce livre, c’est de brosser de façon poignante le portrait d’un homme ordinaire que sa mort terrifiante a sorti du lot » (éditrice S. Wespieser)

Le sujet m’a lacérée mais la langue joueuse et fleurie de l’écrivain haïtien m’a conquise et je fais de ce roman un vrai coup de

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11 décembre 2021

Pense aux pierres sous tes pas d’Antoine Wauters

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« Hymne à la désobéissance. »

Dans un pays dont on ignore le nom, sévit un Régime dictatorial qui écrase les gens de peu, dont la famille de deux jumeaux fait partie.

Marcio et Léonora, 12 ans, mal-aimés et maltraités dans la ferme parentale, s’aiment d’un amour fou jusqu’au jour où la fillette sera envoyée chez son oncle, à 140 km de distance, en raison de leurs jeux interdits.

Une longue quête de liberté  et de réinvention de soi commencent.

Comment passer de l’enfer au paradis ? Ce conte merveilleux nous le chante, en martelant comme refrain qu’une seule chose a de l’importance dans cette vie : cultiver la joie.

Un ovni dans mes lectures.

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01 décembre 2021

Le fils de l’homme de Jean-Baptiste Del Amo

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Un roman coup de poing.

« Après plusieurs années d’absence, un homme resurgit dans la vie de sa compagne et de leur jeune fils. Il les entraîne aux Roches, une vieille maison isolée dans la montagne où lui-même a grandi auprès d’un patriarche impitoyable ».

J’ai eu les tripes nouées devant cette tragédie due à la violence masculine, implacable. L’homme, brutalisé pendant sa propre enfance, répète une maltraitance et abîme sournoisement son enfant devant sa compagne, impuissante.

Je préfère ne garder en mémoire que les magnifiques paysages, non manipulables, décrits méticuleusement par l’auteur et les bouffées de parfums à chaque page.

Autre point positif du roman : Jean-Baptiste Del Amo  ne cherche pas à faire de la psychologie sur le sujet : dans un style opulent qui m’a tenue en haleine, Il fait parler les corps, les gestes et les postures qui ne trompent pas, ainsi que les silences.

J’ai été saisie par le nombre incalculable de fois où les mots « Ombre » et « Sombre » surgissent, et loin de me gaver, j’ai envie de rogner le sujet jusqu’à l’os en me procurant « Eloge de l’ombre » de Tanizaki.

Prix du roman Fnac 2021 mérité.

21 novembre 2021

La carte postale d’Anne Berest

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Chapeau à la jeunesse d’avoir décerné le Prix Renaudot des Lycéens à Anne Berest.

Un jour une carte postale arrive chez la mère de l’auteur. Quatre prénoms y figurent, c’est tout ! …. La carte est rangée et oubliée. 20 ans plus tard Anne Berest la retrouve et se sent prête à percer son mystère, avec l'aide de sa mère. Prête à remonter le temps, à affronter son histoire familiale au passé douloureux. Ces quatre prénoms correspondent à ceux de sa famille déportée et exterminée en 1942. Seule Myriam, sa grand-mère a échappé par hasard à la rafle.

Consultation d’archives, graphologue, détective privé, rencontres … Tous les moyens sont bons pour lever le voile. L’occasion aussi pour l’auteur de découvrir ses origines juives oubliées… refoulées.

Un récit sur les secrets de famille dévoilés par la troisième génération. Leur poids, la nécessité de parler, de raconter, de transmettre. Le chemin est long, pleins d’embuches, de découragements et pourtant il est libératoire.

Captivant et très émouvant, cette enquête familiale est menée tambour battant comme un thriller. Pour ces femmes tenaces, savoir d’où l'on vient est plus que nécessaire !

Isabelle

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20 novembre 2021

Le flot de la poésie continuera de couler de J.M.G. Le Clézio

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Avec la collaboration de Dong Qiang, traducteur, poète francophone et calligraphe, professeur à l’Université de Pékin.

 "Cet ouvrage est fondé sur la rencontre de la culture de l’autre et les correspondances entre les arts, tout particulièrement entre la poésie, la peinture et la calligraphie chinoises." Anne Prouteau (UCO).

Je l’ai lu, me croyant sur une autre planète, émerveillée par l’érudition de J.M.G. Le Clézio et envoutée par les poèmes écrits sous la dynastie Tang en Chine, qui dura de l’an 618 à 907. Illustrations et calligraphies en font également un magnifique objet.

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Si l’on m’avait dit, quand j’ai lu à 16 ans Le Procès-verbal, que je rencontrerais un jour son auteur, j’aurais cru à une plaisanterie en l’air. Pourtant, j’ai vu, oui de mes yeux vu, le grand écrivain, 81 ans, « toujours droit comme un pin » comme le souligne son ami chinois Dong Qiang à la fin de cet essai.

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 Les VIP de la soirée.

 

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Une soirée angevine exceptionnelle !

09 novembre 2021

Tanguy Viel

Les vrais livres ont quelque chose de marin, ils sont conçus pour tenir la mer… Parole de Tanguy Viel, solide gaillard de Brest au regard vif et direct comme l’ont les gens de mer. Malgré les apparences, dans sa tête souffle plus de coups de vent que de petites brises. La preuve dans son recueil

iceberg. Balade savante qui navigue dans les remous de la fuite de la pensée. Au-delà des nombreuses références littéraires Tanguy Viel se dévoile. Ses manies comme celle… partagée… de créer un fichier de citations sur son ordi. Ces phrases que l’on note et qui nous permettent de rassembler « les déjà dit ». La difficulté d’organiser sa pensée pour aboutir à la création d’un livre, forme rêvée du romancier. Ou bien encore les piles de livres amassés dans la chambre où l’on picore pour se nourrir. Avant que comme dans la bibliothèque d’ Aby Warburg, on les classe par « bon voisinage ».  Ces pensées sont comme un miroir tendu sur nos modestes vies de lecteurs. 

Isabelle

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 Tanguy Viel à l’UCO, Angers, le 20/10/2021

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Ecouter Tanguy Viel parler écriture est un vrai plaisir. Je buvais ses paroles, surtout que je venais de lire

article (ici) où je découvrais son style qui coule comme de l’eau vive. En reprenant mes notes, je m’aperçois pourtant que je n’ai rien capté de ses explications et je suis incapable de les retranscrire. Le fait est que Tanguy Viel intellectualise la réalité de la littérature mais quand il parle, on dirait qu’il chante et la mélodie de ses paroles m’a captivée.

Depuis j’ai lu

insoupconnable où il balance à nouveau un homme à la mer. « Mauvaises pensées, bons livres » se confirme dans ce roman captivant.

 mjo

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