Fumet de lectures

16 novembre 2017

Dans la forêt de Jean Hegland

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« Les nymphes des bois »

"Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt californienne. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules. Face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure" et au ruisseau qui coule en bas de la maison...

Ce roman, puissant et poétique, a fait accélérer mon pouls. J’étais totalement fascinée par le combat des 2 sœurs qui voulaient non seulement survivre, mais surtout vivre.

Pendant qu’Eva danse inlassablement, sans musique (!), Nell, la narratrice, compulse sans arrêt une encyclopédie trouvée dans la bibliothèque familiale.

Et quand toutes les réserves de nourriture seront épuisées, Nell ne quittera plus un autre livre, « les plantes indigènes », afin de pouvoir cueillir les plantes comestibles.
Adepte de confort food et de calmants forts au moindre bobo, les passages sur leur nouveau régime, essentiellement végétalien, ont piqué ma curiosité.
Ainsi elles composeront leurs menus de
-  feuilles de betterave, sauge, oseille, matricaire, molène, pourpier, cresson… 


-  feuilles de pas-d’âne qui donnent du sel pas d'ane


-  sève des érables pour sucrer des tisanes de menthe, d’églantier, de violette, d’ortie, d’aiguilles de pin…

Parfois souffrantes,

elles feront une décoction de racines de sisyrinchium 1200px-Sisyrinchium_bermudianum_B, censée faire tomber la fièvre.

- La farine de gland moisi, comme antibiotique,

et le pavot de Californie, pavot comme antidouleur, les soulageront de maux intempestifs.

Les deux sœurs vivent des situations extrêmes et iront au bout d’elles-mêmes.

Ecrit en 1996 sur le recul civilisationnel, ce roman d’anticipation nous rapproche de l’essentiel : la nature.

La fin, sublime, m’a hypnotisée !

Merci Violette ! Merci Brigitte !

 

 

 

 

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12 novembre 2017

La maison dansante d'Anne Pauzet

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Brissac (Maine-et-Loire) : Ed. du Petit Pavé, DL 2017

La disparue de Nantes.
Premières lignes :
Lundi 14 janvier 2010 – 08h15
Commissariat de police de Nantes.
« Entrez – Fermez la porte, Serrati – Merci – Asseyez-vous – J’’irai droit au but – De grâce ne me servez pas de platitudes inutiles pour l’affaire Quatremain – Vous entendez : ça traîne – Je veux du concret. »

Le coup de fouet de Mme la commissaire, Cécile Desmarais, alias Pitbull donne la cadence. Il faut faire vite car la disparue, Véronique Quatremain, chercheuse et professeur d’histoire de l’art, n’est pas n’importe qui. Elle est l’épouse du futur maire de Nantes. Lieutenant Eve Serrati se voit confier l’enquête, mais Morvan, son collègue, est jaloux car cette affaire pourrait bien rapporter gros en matière de promotion.

Ce polar est une toile de maître !

J’ai été très sensible à la variation des styles utilisés, que l’auteure module avec subtilité : sophistication, utilisation de jargons ou de mots crus, le tout enrobé de connaissances pointues, d’ironie ou d’humour (les convocations de Pitbull sont à mourir de rire).

J’ai savouré les nombreuses descriptions qui touchent tous nos sens et qui nous amènent à trouver les petits arbres qui cachent la forêt de la disparue à la psychologie complexe. Sous une surface impeccable, Véronique Quatremain, née Holbein, cache des stigmates intérieures qu’Eve va décrypter avec une équipe de professionnels hauts en couleur (psychologue, neuropsychiatre, informaticien, policier retraité, galeriste féru d’art).

Chaque chapitre prend une couleur différente et on en a pour notre argent car Anne Pauzet, maître de conférences, sait distiller son savoir sur la peinture, la chanson, la littérature, le code des images, la communication non verbale. Un régal !

Enfin, pour mon plus grand plaisir, l’intrigue se situe à Nantes que je connais bien pour l’avoir « apprivoisée à pied » quand j’y cherchais un logement. Quand Eve Serrati se rend dans une rue, je suis avec elle.

Merci Mme Pauzet 

apauzetpour ce bonheur de lecture intense !

 

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11 novembre 2017

9e banquet, abri Gandhi

tajmahlaOups, erreur de fichier (je rêvais…)

 

 

 

abri

Un banquet sensationnel avec des plats de qualité, gustatifs, littéraires, et un courant amical exceptionnel.

Après les bulles et entre la soupe au potiron qui déchire, le pain de poireau qui réveille les papilles, les petits papiers, la tarte aux mûres du coin (et le clafoutis aux cerises pour Mme Gandhi !), les « fumettes » ont croqué plein de livres.

Goûtez nos fumets de lectures :

A

m

mc

i

e

b

 Prochaine rencontre : début février 2018. Annie, tu notes stp (tu nous as manqué).

Musique !

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10 novembre 2017

Souvenirs de la marée basse de Chantal Thomas

souvenirs-de-la-maree-basse-par-chantal-thomas_5934168Editions du Seuil 2017

En deux parties « Le temps d’Arcachon » et «  D’autres rivages », Chantal Thomas fait l’inventaire de son rapport à la mer qui passe par celui de sa relation à la mère……..

Au-delà de l’explication psychanalytique : on peut lire  ce roman comme une relation mère-fille inédite ; c’est ici une  libération assumée d’une relation qui souvent est proposée comme fusionnelle. La mère,  véritable athlète de la natation a une passion pour la nage en crawl dans les eaux  de  l’Atlantique et ensuite de la Méditerranée. La petite fille Chantal observe cette mère intrépide et elle préfère les jeux de la plage et des eaux où l’on barbote, patouille, joue et crée de mutilples histoires avec ses compagnons de jeux, camarades de l’été, des vacances, alors qu’elle et ses parents ont fait le choix de s’installer dans cette cité balnéaire.

Elle n’est pas éduquée au plaisir de la nage que connaît sa mère, mais elle jouit de ce rapport à la mer et dans cette mer , il y a « sa » mère. Modèle, contre-modèle ? Il n’y a pas de choix, ni de jugement, juste des notations vraies et poétiques sur la relation de l’auteur à la mer. De tous ses sens, elle « connaît » les trésors de la mer.

« Quand je retournerai  me baigner me baigner  dans les vagues, me laisserai balloter par elles, quand je reviendrai à ma grande étude de la vie minuscule des coquillages, suivrai du bout de la langue  leurs concavités nacrées, leur joliesse torsadée, leurs ouvertures en éventail et, pour comprendre vraiment , me glisserai dans la noire spirale du bigorneau »

A cette étude « savante »  s’ajoute la dimension du conte qu’elle co-produit avec Lucile  avec elle, elle devient chiffonnière de la mer et elles se racontent les histoires du Maître de la Dune et de la Princesse de la mer……

Ainsi armée, elle peut construire avec sa mère des relations à la fois distinctes mais chaleureuses, toujours rythmées pour l’une comme pour l’autre par les relations à la mer.

Une éducation de la relation à l’éphémère, au toujours recommencé…à la liberté.

Anne

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L'intérêt de l'enfant de Ian Mc Ewan

ob_2fff57_l-interet-de-l-enfant Gallimard 2014

 
Fiona Maye, magistrate en charge des droits de la famille se trouve confrontée dans sa vie professionnelle et personnelle à des dilemmes cruciaux. A l’approche de la soixantaine, son mari Jack lui annonce que - sans vouloir se séparer d’elle - il veut avoir une liaison ; sa vie sexuelle avec Fiona étant atone. Fiona exclut tout accord et s’enfouit encore davantage  dans ses dossiers qui requièrent d’elle toute sa sagacité. L’un d’entre eux se révèlera particulièrement sensible un jeune –encore .mineur- refuse la transfusion sanguine qui doit accompagner le traitement contre une leucémie. Elevé par ses parents, témoins de Jehova, Adam Henry  adopte leurs interdits et se prépare à mourir en martyr.

Le traitement extrêmement intériorisé et pertinent des interrogations, atermoiements, constructions argumentatives auxquels donnent lieu ces événements est rendu par une langue concise. La complexité des thématiques, leur retentissement sur les personnages est une occasion pour le lecteur de s’interroger sur «l’intérêt de l’enfant ».

Anne

 

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08 novembre 2017

La fille de mon meilleur ami - Yves Ravey

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William, le narrateur, a promis à son meilleur ami sur son lit de mort qu’il s’occuperait de Mathilde sa fille dont il a perdu la trace. Si on ne sait pas bien pourquoi Louis est son meilleur ami ni comment William a retrouvé Mathilde, deux ans plus tard ils sont ensemble sur la route de Savigny-sur-Orge où réside l’ex de Mathilde et sa femme Sheila. Ils veulent la persuader de laisser Mathilde voir son fils Roméo alors que le juge a refusé tout droit de visite à cette mère au lourd passé psychiatrique.

Quand, dès le début, William dit "c’est par là que tout a commencé" le lecteur le prend en sympathie d’avoir accepté une telle responsabilité. Mais le personnage se révèle rapidement peu scrupuleux. Petit escroc il possède de multiples cartes de visite qu’il utilise au gré des circonstances. Il a l’art de se mettre dans des situations dont il sortira toujours perdant. Un loser-né.

Avec une écriture simple, pas dénuée d’humour, Yves Ravey nous embobine, nous promène et nous le suivons avec une certaine jubilation. Des descriptions géographiques, des attitudes, des faits. Pas d’analyse psychologique, pas d’émotions tout est factuel et semble inéluctable.

Maître d’un suspens Hitchcockien l’auteur inscrit son roman dans des paysages, une ville avec des personnages que n’aurait pas renié Raymond Depardon.

Brigitte.

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06 novembre 2017

La promesse à Elise de Christian Laborie

 

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Qui est mon père ?

"1956, dans un village des Cévennes. Parce qu'elle s'est attachée à Elise Rochefort, fillette de 10 ans qui vit seule avec sa mère, Adèle Gensac, institutrice, cherche à comprendre les raisons de son mutisme. A la suite des confidences de la fillette que l'enseignante dévoile à Lucie, la mère, ressurgit le drame de la naissance d'Elise, à l'époque de l'occupation de Nîmes par les Allemands."

Pour connaître le lourd secret de Lucie, longtemps inavoué et inavouable en son temps, j’ai vite tourné les 569 pages, remplies de belles phrases qui dansent sur une trame narrative efficace.

Alors pourquoi le livre terminé, n’ai-je pas envie de parler de ce roman avec grand enthousiasme ?

Christian Laborie astique tellement ses phrases qu’elles manquent de chair. La musique intérieure des personnages ne se fait entendre à aucun moment. Je suis donc restée à distance.

Ce roman pullule d’heureux hasards. Un coup de chance, deux, voire trois, passent inaperçus mais plus, cela devient trop beau pour paraître plausible et le château de cartes que l’auteur a construit se met à chanceler face à moi.

Ceci dit, la critique de ce roman est très élogieuse. A vous de juger.

01 novembre 2017

Murmures de pierre d'Audrey Martinet

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Rencontres au Père-Lachaise, Editions Seguier - 2006

Les cimetières, musées à ciel ouvert.

L’auteur arpente le cimetière du Père-Lachaise et surprend le regard des statues, des sculptures qui subissent les affronts météorologiques. Le temps grime leurs visages de pierre ou de bronze :

« Je les ai vues mendier des regards. Elles criaient à l’abandon…. »

17 photos, (réalisées à l’argentique), 17 biographies, courtes, de célébrités oubliées ou d’anonymes. Ainsi se présente cet ouvrage, magnifique. 

Ci-dessous quelques portraits de statues funéraires :

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Les photos ont fait l’objet d’une exposition, en octobre 2016,

au centre Paris Anim’ Victor Gelez.

 

 

 

 

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29 octobre 2017

The blogger recognition award

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Qu’est que ce que The blogger recognition award ?
C’est avant tout un moyen sympathique de partager de bonnes adresses ! Le blog nominé s'engage à respecter 4 règles :

1. Remercier la personne qui vous a nominé
2. Raconter en quelques lignes l’histoire de votre blog
3. Donner quelques conseils aux blogueurs débutants
4. Sélectionner quinze blogs que vous aimeriez faire connaître

Merci Eva d’avoir nommé « le banquet des mots » dans tes blogs préférés !
Une belle surprise qui me donne ainsi l’occasion de vous exprimer ma reconnaissance, à toi et à Patrice.

En effet, aucun blogueur ne me contredira, nous sommes tous en attente de visites mais surtout de commentaires. Le partage est vital pour un blog.

Je n’oublierai jamais que Patrice fut le premier inconnu à s’abonner à notre blog et à publier un commentaire. Depuis, vos interventions font partie du paysage et nous les apprécions.


L’histoire de notre blog ?
Notre blog, jeune pousse encore, fêtera ses 3 ans en janvier prochain.
Elise, Brigitte, Anne, Annie, Marie-Clotilde, Monique, Isabelle et moi-même, grandes lectrices et administratrices du blog, dînons ensemble jusqu’à 3 fois par an pour parler littérature. J’ai choisi le nom de « Fumet de lectures - Banquet des mots » en pensant à ces rencontres, toujours sympathiques, riches et incontournables ; j’immortalise ces moments de bonheur, que je nomme modestement « nos banquets », sur le blog. Il est vrai que j’associe aussi la lecture au plaisir de la dégustation.

Des conseils ?
- Restez patient pour les visites et les commentaires. Patrice a fait son apparition un an après la création de notre site !

- En littérature, vous aurez davantage de visiteurs si vous publiez un billet d’un livre qui ne fait pas la une des médias. Sortez parfois des sentiers battus, pour attirer l’attention.

- Plus vous publiez, plus le référencement Google s’active.


Les blogs que vous devez connaître ?
Comme les vrais amis, je les compte sur les doigts d’une main :

Doucettement

Et si on bouquinait un peu ?

Fidelou (j'adore son style)

La maison des livres

A vous de cliquer !

 

 

 

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26 octobre 2017

Le dimanche des mères - Graham Swift.

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Il est de ces romans qui, une fois refermés, nous laissent le sentiment d’avoir passé un bon moment. Puis le temps a fait son oeuvre et je constate ce qu’il me reste de sa lecture. Des impressions, une empreinte subtile qui me font dire qu’il compte plus que je ne le pensais. Cinq mois après le titre me touche par sa douceur, celle là même qui enveloppe le récit.

Il s’inscrit dans l’après guerre, en 1924. Les familles meurtries par l’absence de leur fils disparus tentent de reprendre goût à la vie. Les jeunes gens épargnés, pleins d’une vitalité propre à leur âge, la savourent.

C’est par un très chaud dimanche de mars que la jeune Jane, femme de chambre, parcoure à bicyclette la campagne pour rejoindre son amant pour la dernière fois. Paul, fils de bonne famille, doit épouser très prochainement une jeune fille de son rang. C’est le dimanche des mères, le seul accordé par les aristocrates à leurs domestiques pour que ceux-ci rendent visite à leur mère. Jane est orpheline et Paul lui propose un dernier rendez-vous.

Cette partie du roman évoque avec finesse et sensualité le bien-être des deux amants. Ils goûtent pleinement leur idylle. Cette journée singulière bouleversera définitivement la vie de Jane.

Un plaisir de lecture sanctifier par celui de cette jeune femme de chambre à qui il ouvre les portes de l’écriture.

Roman qui célèbre la beauté à l’image de sa couverture.

Brigitte.

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